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Diaspora

« Le sionisme fait partie de l'identité juive » : cinquante organisations changent de terrain

Plus de cinquante organisations juives signent une déclaration commune : le sionisme est une composante de l'identité juive. Une évidence pour l'immense majorité des Juifs — et pourtant un déplacement stratégique : on ne cherche plus à définir l'antisémite, on se définit soi-même.

·Source : JNS.org

Selon JNS, plus de cinquante organisations juives ont publié une déclaration commune affirmant que « le sionisme fait partie de l'identité juive ». Le texte intégral et la liste des signataires n'étaient pas disponibles au moment où nous écrivons ; nous nous en tenons donc à l'information rapportée, et à ce qu'elle signifie. Car le fait lui-même est parlant.

Une évidence, dira-t-on. Le peuple juif prie tourné vers Jérusalem depuis des siècles, et chaque Seder de Pessah s'achève sur « l'an prochain à Jérusalem ». Le lien entre le peuple et sa terre n'est pas une opinion politique née au XIXe siècle : c'est la colonne vertébrale du judaïsme. Sauf qu'une évidence, on ne la signe pas. Si cinquante organisations éprouvent le besoin de l'écrire noir sur blanc, c'est que quelqu'un, quelque part, a réussi à la rendre discutable.

C'est là que la déclaration devient intéressante. Pendant des années, la bataille s'est jouée sur une formule : « l'antisionisme est un antisémitisme ». Formule juste, mais fragile, parce qu'elle porte sur l'adversaire. Elle oblige à prouver une intention. Et l'adversaire a toujours la même réponse : « Je critique un État, pas un peuple. » Le débat s'enlise dans un procès d'intention que l'on ne gagne jamais tout à fait.

Dire « le sionisme fait partie de l'identité juive » renverse la charge. On ne parle plus de l'autre, on parle de soi. Et personne n'exige d'un peuple qu'il justifie son identité. Le terrain n'est plus celui des intentions, mais celui de l'appartenance — précisément ce que les universités, les employeurs et les administrations des démocraties occidentales prétendent protéger dans leurs chartes contre les discriminations. Dès lors, exclure un « sioniste » d'un club étudiant, d'un collectif ou d'un poste ne relève plus du désaccord politique : c'est, dans leurs propres termes, exclure quelqu'un pour une part de ce qu'il est. La déclaration ne s'adresse pas aux haineux, qui ne liront pas. Elle s'adresse aux institutions, qui devront trancher.

Elle porte aussi un message interne. La petite minorité de Juifs qui a fait de l'antisionisme un badge — le fameux « en tant que Juif » brandi sur les plateaux — a le droit d'exister. Elle n'a pas le droit d'être présentée comme la norme du judaïsme. Cinquante organisations viennent de le rappeler, sans excommunier personne : elles disent simplement où se trouve le centre de gravité.

La petite minorité de Juifs qui a fait de l'antisionisme un badge — le fameux « en tant que Juif »

Reste une précision que Midbar tient à faire, et qui rend le texte crédible aussi bien pour un Juif de gauche que pour un Juif de droite : ce qui est déclaré constitutif de l'identité, c'est l'attachement à Israël comme État-nation du peuple juif, pas le gouvernement du moment. Critiquer un ministre israélien, une loi, une décision militaire reste parfaitement légitime, et les Israéliens eux-mêmes ne s'en privent pas. Nier à un Juif le droit à ce lien, en revanche, ne l'est plus.

Une déclaration ne vaut que par ce qui la suit. Le vrai test viendra le jour où un étudiant sera écarté d'une association parce qu'il refuse de désavouer Israël, ou qu'un salarié sera sommé de choisir entre sa kippa et sa carrière : les signataires iront-ils au bout de leur propre phrase ? S'ils le font, ils auront changé la conversation. On ne prouvera plus que l'autre nous hait. On dira qui l'on est.

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