Un chiffre qui ne laisse plus aucune place au déni : au Canada, l'antisémitisme sur les campus n'est plus un incident, c'est un climat. Et ce climat est en train de fabriquer, sous nos yeux, une génération juive qui apprend à se cacher.
Une nouvelle enquête menée auprès d'étudiants juifs des universités canadiennes livre un résultat qu'il faut lire deux fois : plus de 95 % d'entre eux déclarent avoir été exposés à de l'antisémitisme. Un cinquième affirme avoir subi ou été témoin de violences physiques. Ce ne sont pas des perceptions vagues sur un campus isolé : c'est la quasi-totalité d'une population étudiante qui décrit son environnement d'études comme un espace où l'hostilité anti-juive est devenue une donnée de base.
Arrêtons-nous sur ce que signifie « 95 % ». En sciences sociales, un tel taux ne décrit plus un problème de comportements individuels à sanctionner. Il décrit une **norme institutionnelle**. Quand presque personne n'échappe à un phénomène, c'est que le phénomène n'est plus une déviance : il est intégré au fonctionnement ordinaire du lieu. Les universités canadiennes, qui ont passé des décennies à bâtir un vocabulaire sophistiqué sur les « espaces sûrs » et les « micro-agressions », ont produit le seul campus occidental où un étudiant peut être bousculé pour un collier avec une étoile de David sans que la machine administrative ne s'émeuve.


