Pour la première fois de son histoire, l'Argentine destitue un juge fédéral pour ses propos antisémites. Au-delà du symbole, ce verdict pose une question que l'Europe évite soigneusement : que fait-on quand la haine des Juifs s'installe au cœur même de l'appareil d'État ?
C'est une première dans l'histoire judiciaire argentine. Mardi, le Jury de destitution — panel composé de juges, de parlementaires et d'avocats — a démis de ses fonctions Alfredo Eugenio López, qui dirigeait le tribunal fédéral n°4 de Mar del Plata. Motif : une série de publications antisémites sur ses réseaux sociaux, jugées incompatibles avec sa fonction. Jamais, en plus d'un siècle, un juge n'avait été destitué dans ce pays pour des propos visant les Juifs.
Les faits sont accablants. López qualifiait le peuple juif de « race de vipères », Israël d'« État fictif », et les Juifs argentins d'« étrangers ». Il utilisait « sioniste » comme insulte. Alberto Maques, membre du jury, a évoqué plus de 50 publications contenant « des choses scandaleuses qui ne méritent pas d'être répétées ». La défense du juge ? Des « interprétations subjectives et décontextualisées » qui n'affecteraient en rien son impartialité. Le panel a tranché : ces actes de « discrimination et de déni d'égalité des droits envers la communauté juive argentine » ont « brisé la confiance du public dans sa capacité à rendre la justice de manière impartiale ».



