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Diaspora

Californie : la victoire d'Aisha Wahab, un signal d'alarme que la diaspora américaine ne peut plus ignorer

Malgré 2,5 millions de dollars investis par l'AIPAC, la progressiste Aisha Wahab remporte le 14e district de Californie. Au-delà du duel local, ce scrutin révèle une réalité inconfortable : l'argent pro-israélien peut resserrer une course, mais ne suffit plus à la gagner dans les bastions progressistes.

·Source : JTA

Le verdict est tombé deux jours après la fermeture des bureaux de vote. Aisha Wahab, figure progressiste de la baie de San Francisco, a remporté l'élection partielle du 14e district de Californie avec 53,1 % des voix, contre 46,9 % pour Melissa Hernandez, la candidate modérée soutenue par l'AIPAC. Les deux femmes, toutes deux démocrates, se disputaient le siège laissé vacant par Eric Swalwell, démissionnaire après des accusations d'agression sexuelle.

Sur le papier, la victoire de Wahab n'aurait dû surprendre personne : elle avait écrasé la primaire de juin avec 42,8 % des voix contre 16,8 % pour sa rivale. C'est justement là que le scrutin devient instructif. Depuis début août, le super PAC de l'AIPAC, United Democracy Project, et des groupes affiliés ont injecté plus de 2,5 millions de dollars pour soutenir Hernandez et pilonner Wahab — sans jamais parler d'Israël, mais de sécurité publique et de protection de l'enfance. Résultat : un écart de plus de vingt points réduit à six. « Ce n'était en aucun cas un raz-de-marée pour Wahab », résume le stratège démocrate Noah Finneburgh.

« Ce n'était en aucun cas un raz-de-marée pour Wahab », résume le stratège démocrate Noah Finneburgh.

Que faut-il en retenir ? D'abord, que l'argent pro-israélien reste redoutablement efficace pour resserrer une course — mais qu'il ne suffit plus à la gagner. Wahab, qui a répondu « oui » lorsqu'on lui a demandé si Israël commettait un « génocide » à Gaza, et « oui » encore à la question de couper toute aide américaine à Israël, entre au Congrès. Elle y siégera forte du soutien de la machine de Bernie Sanders, du Parti démocrate californien — et, détail qui devrait faire réfléchir, de J Street, groupe se disant pro-israélien, qui a investi 108 000 dollars dans sa campagne. Quand une organisation « pro-Israël » finance une candidate favorable à l'arrêt de toute aide à Israël, c'est le mot lui-même qui se vide de son sens.

Il faut pourtant nuancer le tableau. Wahab n'est pas une militante de la rupture frontale : elle a porté en Californie une résolution condamnant le Hamas et exigeant la libération des otages, et affirme vouloir « prendre soin de tous les peuples ». Elle incarne cette nouvelle génération de progressistes qui a compris qu'un antisionisme frontal coûte des voix, et qui préfère l'ambiguïté calibrée à l'affrontement assumé. C'est précisément ce qui la rend plus difficile à combattre.

Et c'est là l'angle que presque personne ne souligne : la vraie bataille ne se jouait pas cette semaine, mais en novembre. Wahab devra affronter à nouveau Hernandez pour un mandat complet, dans un district redessiné qui gagnera 26 000 électeurs de Dublin, l'ancien fief de sa rivale. L'AIPAC vient de démontrer qu'une campagne massive peut déplacer vingt points en trois semaines. La question stratégique pour le camp pro-israélien n'est donc pas de pleurer cette défaite, mais de choisir ses terrains : concentrer ses moyens là où la ligne de front est encore mouvante, plutôt que de s'épuiser dans des bastions acquis. Car une chose est désormais claire : dans l'Amérique progressiste, chaque siège favorable à Israël se paie — et de plus en plus cher.

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