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Société

Construire plutôt que convaincre

Trois ans de démentis, de tribunes et d'infographies n'ont pas fait reculer la haine. Et si la réponse la plus sage n'était pas de parler plus fort, mais de bâtir plus solidement, comme le peuple juif l'a toujours fait ?

Depuis trois ans, une grande partie de notre énergie collective passe dans un effort épuisant : expliquer, justifier, corriger, répondre. Chaque fausse information appelle un démenti, chaque slogan une contre-argumentation, chaque silence d'un ami une conversation difficile. Nous avons produit des fils explicatifs, des vidéos, des tribunes, des infographies. Et pourtant, la haine ne recule pas. Elle s'installe. Il est peut-être temps de poser une question simple : et si cet effort n'était pas le meilleur usage de nos forces ? L'illusion du dernier argument Nous croyons souvent qu'il existe quelque part l'argument décisif, le chiffre juste, la vidéo parfaite qui fera basculer l'opinion. Mais l'expérience de ces derniers mois montre autre chose. Ceux qui nous haïssent ne sont pas arrivés là par manque d'information, et ils n'en sortiront pas par un surplus d'information. Quant à ceux qui n'ont pas encore pris position, beaucoup ne cherchent pas vraiment à comprendre : ils attendent de voir de quel côté souffle le vent. Courir après leur approbation, c'est leur donner un pouvoir sur nous. C'est faire dépendre notre dignité de leur regard. Et c'est accepter de rester en position de défense, toujours en réaction, jamais à l'initiative. Ce que nous apprend notre histoire Le peuple juif n'a pas traversé les siècles parce qu'il a convaincu ses voisins de l'aimer. Il a survécu parce qu'il a construit. Des maisons d'étude, des caisses de solidarité, des tribunaux communautaires, des écoles, des réseaux commerciaux, des livres. Quand le monde extérieur était hostile, la vie intérieure restait riche, structurée, transmise. Le sionisme lui-même est né de ce constat. Herzl, après l'affaire Dreyfus, a compris que l'émancipation ne suffirait pas tant que notre sécurité dépendrait de la bonne volonté des autres. Il n'a pas écrit un plaidoyer pour mieux se faire accepter ; il a proposé de bâtir. Construire, concrètement Construire pour nous-mêmes, ce n'est pas se replier ni se couper du monde. C'est déplacer le centre de gravité de notre effort. C'est renforcer nos écoles et la transmission, pour que nos enfants sachent qui ils sont avant que d'autres ne le leur disent. C'est créer nos propres médias, nos plateformes, nos outils, pour ne plus dépendre d'algorithmes qui nous invisibilisent ou nous exposent. C'est développer une économie solide entre nous, des entreprises, des réseaux d'entraide, des fonds qui investissent dans nos projets. C'est renforcer Israël, par l'alyah pour ceux qui le peuvent, par l'investissement et le soutien pour les autres. C'est prendre au sérieux notre sécurité, localement, sans attendre qu'elle nous soit accordée. Et c'est nourrir une culture vivante, en hébreu et dans toutes nos langues, qui donne envie d'en faire partie. Chaque heure passée à répondre à un inconnu hostile en commentaire est une heure qui n'a pas été passée à construire l'une de ces choses. La force attire plus que la plainte Il y a un paradoxe dans tout cela. Ce qui convainc les indécis, au fond, ce ne sont pas nos explications. C'est notre solidité. Un peuple qui crée, qui innove, qui prospère, qui se tient debout sans s'excuser d'exister impose le respect bien plus sûrement qu'un peuple qui supplie qu'on le comprenne. Les alliés sincères viendront. Ils viennent toujours. Mais ils viendront vers ce que nous construisons, pas vers nos justifications. Conclusion Nous ne contrôlons pas la haine des autres. Nous contrôlons ce que nous bâtissons. Face à l'hostilité, la réponse la plus sage n'est peut-être pas de parler plus fort, mais de construire plus solidement : des institutions, une économie, une culture, un État. Pour nous, pour nos enfants, et pour ceux qui, un jour, voudront nous rejoindre.

Il est peut-être temps de poser une question simple : et si cet effort n'était pas le meilleur usage de nos forces ?
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