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Société

Alya : et si c’était cette année ?

En hébreu, aller vivre en Israël ne se dit pas « partir », ça se dit « monter ». Rester n’est pas une faute : la France, ce sont nos parents, nos tombes, notre langue. Mais le sionisme est né à Paris, en 1895, en regardant la France. Ilan Halimi, Toulouse, l’Hyper Cacher, Sarah Halimi, Mireille Knoll, et depuis le 7 octobre des actes antisémites par milliers chaque année. Un seul État au monde a écrit dans sa loi : « Tout Juif a le droit de monter en Israël. » Ils étaient 800 000 en 1948, ils sont 10 millions, et plus de 50 000 Juifs de France les ont rejoints depuis 2000. Ça commence par un rendez-vous. L’an prochain à Jérusalem. Et si c’était cette année ?

·Source : Midbar

En hébreu, aller vivre en Israël ne se dit pas « partir ». Ça se dit « monter », alya. Le mot vient de la Bible : quand Cyrus autorise les exilés de Babylone à rentrer, l'édit dit « qu'il monte à Jérusalem » (Esdras 1, 3), et les pèlerins « montent » au Temple (Psaumes 122, 4). Depuis vingt-cinq siècles, le Juif qui rentre chez lui ne descend nulle part. Il monte. Le mot dit tout.

## Rester n'est pas une faute

Disons-le d'abord, pour que personne ne lise ce qui suit comme un reproche. La France, ce sont nos parents, nos tombes, notre langue. Ceux qui restent tiennent les écoles, les synagogues, les centres communautaires, la mémoire. Ils ne sont pas moins juifs, ni moins sionistes, que ceux qui sont montés. On ne juge personne. On pose une question.

## Le sionisme est né à Paris

Le 5 janvier 1895, dans la cour de l'École militaire, un journaliste viennois assiste à la dégradation du capitaine Dreyfus. Il entend la foule crier « À mort les Juifs ». Il s'appelle Theodor Herzl, il est correspondant de la Neue Freie Presse. Un an plus tard, en février 1896, il publie L'État des Juifs. Herzl racontera lui-même que Paris l'a décidé ; les historiens nuancent, l'antisémitisme viennois pesait autant. Mais le fait reste : l'idée d'un État juif a pris corps en regardant la France, la patrie de l'émancipation, se retourner contre un officier juif.

## Les noms que nous connaissons tous

Ilan Halimi, enlevé en janvier 2006 et mort de ses tortures. Les enfants de l'école Ozar Hatorah de Toulouse, en mars 2012. L'Hyper Cacher de la porte de Vincennes, en janvier 2015. Sarah Halimi, en avril 2017. Mireille Knoll, en mars 2018. Et depuis le 7 octobre 2023, des actes antisémites par milliers : 1 676 recensés en 2023, quatre fois plus que l'année précédente, 1 570 en 2024, et encore plus de 1 300 en 2025, plus de la moitié de tous les actes antireligieux comptés par le ministère de l'Intérieur. Ces chiffres ne comptent que les plaintes. On a le droit de dire que ça suffit.

## Un pays qui t'attend

Le 5 juillet 1950, la Knesset vote la Loi du Retour. Son article premier tient en une phrase : « Tout Juif a le droit de monter en Israël. » Un seul État au monde a écrit cela dans sa loi. Là-bas, le Juif qui arrive n'est pas un réfugié, pas un immigré toléré. Il est chez lui, depuis toujours, et la loi le dit.

Son article premier tient en une phrase : « Tout Juif a le droit de monter en Israël.

## Ceux qui l'ont fait

En novembre 1948, Israël comptait 806 000 habitants. À la veille de Roch Hachana 5787, le Bureau central des statistiques en compte 10,3 millions. Un pays bâti par ceux qui sont montés, de Bagdad, de Fès, de Varsovie, de Moscou, d'Addis-Abeba. Et de France : depuis 2000, plus de 10 % de la communauté a fait son alya, soit bien plus de 50 000 personnes, avec un record en 2015, près de 8 000 en une seule année, la France étant alors le premier pays d'alya au monde. Rien qu'en 2026, ils sont plus de 4 000. Ils parlent français à Netanya, à Ashdod, à Jérusalem. Ils ne sont pas partis. Ils sont rentrés.

## Concrètement

Ça commence par un rendez-vous à l'Agence juive, en France. Un dossier, un entretien, un visa. Le billet d'avion est offert, l'hébreu est enseigné dans un oulpan, l'État accompagne les premiers mois. Des milliers de Français l'ont fait avant vous. Ils n'étaient pas plus courageux. Ils ont pris rendez-vous.

Chaque année, à la fin du Séder, à la fin de Kippour, nous disons : l'an prochain à Jérusalem. Et si, cette fois, c'était cette année ? Lekh lekha. Va, pour toi.

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*Sources : [Esdras 1, 3](https://www.sefaria.org/Ezra.1.3) ; [Psaumes 122, 4](https://www.sefaria.org/Psalms.122.4) ; Herzl, Journal, 1895, et Der Judenstaat, 1896 ; [bilan 2025 des actes antireligieux, ministère de l'Intérieur](https://www.prefectures-regions.gouv.fr/ile-de-france/irecontenu/telechargement/139847/1018971/file/Bilan_actes_anti_religieux_2025.pdf) ; [contribution du SPCJ à la CNCDH, 2025](https://www.cncdh.fr/sites/default/files/2026-06/SPCJ_CNCDH_Contribution_2025.pdf) ; Loi du Retour, Knesset, 5 juillet 1950 ; [Bureau central des statistiques, veille de Roch Hachana 2026](https://www.i24news.tv/en/news/israel/society/artc-israel-s-population-reaches-10-3-million-ahead-of-rosh-hashanah) ; [Agence juive, alya de France, 2015](https://www.timesofisrael.com/france-is-israels-largest-source-of-aliyah-for-2nd-straight-year/) ; [Agence juive, le billet offert](https://www.jewishagency.org/fr/) ; [Rachi sur Genèse 12, 1](https://www.sefaria.org/Rashi_on_Genesis.12.1.1).*

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