Derrière l'échange tendu entre Jon Stewart et le sénateur John Fetterman se joue bien plus qu'une querelle de plateau : la tentative de rendre honteux, dans l'opinion américaine, le simple fait de défendre Israël. Et c'est précisément pour cela que la fermeté de Fetterman compte.
Sur son podcast, Jon Stewart a opposé au sénateur démocrate de Pennsylvanie John Fetterman une formule appelée à circuler longtemps : « Israël n'est pas notre pays. » L'humoriste, juif lui-même, reprochait au sénateur de défendre l'État hébreu avec une constance qu'il juge excessive au regard des intérêts américains. Fetterman, l'un des rares élus démocrates à n'avoir jamais varié depuis le 7 octobre 2023, n'a rien lâché : soutenir Israël, a-t-il maintenu en substance, relève des valeurs et de l'intérêt stratégique des États-Unis, pas d'une allégeance étrangère.
Ce qui se joue là dépasse largement une passe d'armes médiatique. La phrase « Israël n'est pas notre pays » est un objet politique redoutable, parce qu'elle est formellement vraie et rhétoriquement empoisonnée. Personne ne prétend qu'Israël soit les États-Unis. Mais en formulant les choses ainsi, on installe l'idée qu'un élu américain qui soutient Israël sert un intérêt qui n'est pas le sien — c'est-à-dire, en creux, le vieux soupçon de double allégeance. Que cette rhétorique soit portée par une figure juive de la gauche culturelle ne l'atténue pas : elle la rend plus efficace, car elle la vaccine contre l'accusation d'antisémitisme tout en diffusant sa grammaire.
est un objet politique redoutable, parce qu'elle est formellement vraie et rhétoriquement empoisonnée.


