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France

« Juste parce qu'ils ont une kippa » : à la primaire de gauche, deux candidats refusent l'examen de conscience imposé aux Juifs

Mercredi soir sur LCI, Ségolène Royal a réclamé « plus de voix israéliennes et juives » pour condamner ce qui se passe à Gaza. Jérôme Guedj et Raphaël Glucksmann lui ont répondu ce que les Juifs de France répètent depuis deux ans : un citoyen n'a pas à se justifier d'un gouvernement qu'il n'a pas élu. Et cette réponse éclaire la question LFI mieux que tous les calculs de sièges.

·Source : Le Temps

Cinq candidats, plus de trois heures d'antenne, un format « face aux Français » sur LCI. Le premier débat de la primaire social-démocrate, mercredi soir, devait tourner autour d'une seule question : faut-il, aux législatives, s'allier avec La France insoumise ? Olivier Faure, Ségolène Royal et Emmanuel Maurel ont refusé de l'exclure. Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj l'ont dénoncé, ce dernier reprochant au patron du PS de « glisser dans la soumission à La France insoumise ». Les militants trancheront les 9-10 et 16-17 octobre.

Mais le moment le plus révélateur n'a pas porté sur les alliances. Il a porté sur nous. Ségolène Royal a estimé que « la montée de l'antisémitisme n'est pas due à Israël » mais « aux actuels dirigeants » du pays, avant d'ajouter qu'il faudrait « plus de voix israéliennes et juives pour dire que ce qui se passe » à Gaza « est intolérable ».

La réplique est venue de deux directions. Jérôme Guedj a jugé l'injonction « incroyable » : « Dire que c'est aux Juifs de se justifier du gouvernement israélien, c'est essentialiser le conflit. » Raphaël Glucksmann a poursuivi le raisonnement jusqu'à la rue : c'est « avec ce type de discours qu'à la fin on se retrouve avec un père et ses enfants qui marchent dans la rue et qui se font traiter de génocidaires juste parce qu'ils ont une kippa ».

: « Dire que c'est aux Juifs de se justifier du gouvernement israélien, c'est essentialiser le conflit.

Il faut mesurer ce qui vient d'être dit, et où. Depuis deux ans, les Juifs de France expliquent qu'ils ne sont pas les porte-parole d'un gouvernement étranger, que leur judaïsme ne leur impose aucun visa de conscience, que l'antisémitisme n'a pas besoin de prétexte pour exister mais qu'il en fabrique toujours un. Ce constat, ils l'ont fait dans les synagogues, dans les associations, dans les cercles familiaux. Mercredi, il a été formulé en direct, sur une chaîne nationale, par deux candidats à la présidence de la République issus de la gauche. Et l'un d'eux est le favori du scrutin.

Car la phrase de Ségolène Royal, même enveloppée de bonnes intentions, repose sur une double erreur. Attribuer l'antisémitisme aux « dirigeants » d'Israël, c'est encore lui trouver une cause du côté des Juifs. Et réclamer « plus de voix juives », c'est faire du silence supposé d'une communauté une circonstance atténuante pour ceux qui la frappent. Guedj a nommé le procédé, essentialiser. Glucksmann en a montré la victime, un père et ses enfants. L'un a fourni le concept, l'autre le visage.

Et c'est ici que l'angle sur la kippa rejoint le débat sur LFI. Glucksmann a défendu son refus de l'alliance par un argument électoral : « si vous arrivez avec une alliance avec LFI, vous perdez », parce que Jean-Luc Mélenchon « fait trop peur à trop de monde ». C'est un argument de stratège. Mais l'échange sur Gaza en a livré la version morale, bien plus forte : le prix d'une alliance ne se compte pas seulement en sièges perdus, il se paie sur un trottoir, par une famille traitée de génocidaire. La question « avec ou sans LFI » et la question « les Juifs doivent-ils se justifier » sont la même question. On ne peut pas répondre non à la seconde et laisser la première ouverte.

Midbar juge chacun sur ses actes, pas sur son étiquette. Olivier Faure, qui plaide pour employer le mot « génocide » à propos de Gaza, alimente précisément le vocabulaire qui finit par frapper le père à la kippa ; Glucksmann, qui refuse ce mot, le prive d'oxygène. Ce n'est pas un détail de sémantique, c'est une ligne.

Pour le lecteur juif de gauche, qui existe et que nous respectons, la soirée dit une chose précieuse : il n'est pas orphelin. Deux voix ont refusé, devant les Français, qu'on lui fasse passer un examen avant de le reconnaître comme citoyen. Et la kippa dont a parlé Glucksmann ne distingue ni le religieux du laïc, ni le sépharade de l'ashkénaze : dans la rue, l'accusation ne fait pas la différence. Notre réponse ne doit pas la faire non plus.

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