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Israël

« Le 11-Septembre recommence » : à 10 000 mètres, des passagers israéliens sauvent leur avion, et c'est en Arabie saoudite qu'il se pose

Mercredi matin, le vol flydubai FZ1073 Dubaï-Tel-Aviv a plongé de plusieurs milliers de mètres au-dessus du désert. Selon Benyamin Netanyahou, l'un des pilotes a poignardé l'autre et tenté d'écraser l'appareil, avant d'être maîtrisé par des passagers et l'équipage. Environ 180 personnes, presque toutes israéliennes, sont rentrées le soir même. Ce que cette journée dit de nous, et de la région, mérite qu'on s'y arrête.

Les faits d'abord, en séparant ce qui est établi de ce qui ne l'est pas encore.

Ce qui est établi. Mercredi 30 septembre, un Boeing 737 MAX 8 de la compagnie émiratie flydubai décolle de Dubaï à 7 h 05, heure locale, pour l'aéroport Ben Gourion. À bord, environ 180 passagers, en grande majorité israéliens. Un peu plus de deux heures plus tard, les données de Flightradar24 montrent l'appareil quitter son altitude de croisière, près de 34 000 pieds, et en perdre la moitié en quelques minutes. Le transpondeur émet deux codes d'urgence, dont celui qui signale une « intervention illicite » à bord. À 9 h 45, heure saoudienne, l'avion se pose à Tabouk, dans le nord-ouest de l'Arabie saoudite. Les deux pilotes, blessés, sont hospitalisés. La gouverne de direction est endommagée. Aucun passager n'est gravement touché.

Ce que dit la compagnie. Flydubai parle d'une « altercation » dans le poste de pilotage, précise que l'appareil a été repris en main par des membres d'équipage de la compagnie qui voyageaient sur ce vol, et ajoute que les raisons et les motivations de l'événement « sont inconnues et font l'objet d'une enquête ». Elle ne communique pas la nationalité des pilotes.

Ce que dit Israël. Dans une déclaration vidéo, Benyamin Netanyahou affirme que l'un des pilotes a poignardé l'autre et a « apparemment tenté d'écraser l'avion ». Des responsables israéliens cités par Reuters privilégient la piste d'une tentative d'attentat plutôt que celle d'un trouble psychique. Des médias israéliens décrivent le copilote comme un ressortissant omanais, arrêté à Tabouk. Rien de cela n'est confirmé à cette heure par flydubai, par Riyad ou par Abou Dhabi. Le Mossad, le Shin Bet, Tsahal et le ministère des Transports ont ouvert une enquête conjointe. Il faut la laisser parler, et ne pas faire d'un homme, s'il est coupable, le visage d'un pays.

Reste ce que personne ne conteste : ce qui s'est passé dans la cabine. « On s'est dit que c'était fini, que le 11-Septembre recommençait », a raconté un passager au Times of Israel. L'avion pique, on entend des cris, il y a du sang. Et des gens se lèvent. Selon le Premier ministre, un passager force la porte du cockpit avec un membre d'équipage. Un autre voyageur, Tzvika Manes, décrit le copilote tiré hors du poste, trois hommes qui se jettent sur lui et l'attachent avec les écouteurs distribués par la compagnie. Des navigants de flydubai qui voyageaient en cabine, selon la compagnie, prennent les commandes et posent l'appareil. « Nous avons bondi pour aider le pilote, tout va bien maintenant », a simplement dit un autre passager, Itzhak Liber, à la chaîne ABC. Netanyahou a salué « les héros du vol de Dubaï, qui ont fait preuve d'ingéniosité et de courage ».

Netanyahou a salué « les héros du vol de Dubaï, qui ont fait preuve d'ingéniosité et de courage ».

On ne connaît pas encore tous leurs noms. On sait seulement qu'un matin de Hol Hamoed Souccot, des voyageurs ordinaires ont refusé de mourir assis. Personne n'a demandé à son voisin s'il portait une kippa ou pour qui il votait. Kol Israël arevim zé la zé : tous garants les uns des autres, y compris à 10 000 mètres. Et il faut le dire aussi : ils n'étaient pas seuls. L'équipage d'une compagnie arabe s'est battu à leurs côtés pour les mêmes vies.

C'est le second enseignement de la journée, et on le lira peu ailleurs. Un avion plein d'Israéliens en détresse s'est posé dans un pays qui ne reconnaît pas Israël. Riyad a refusé, selon Reuters, que des appareils militaires israéliens viennent chercher les passagers : la normalisation n'est pas faite, et ce refus le rappelle. Mais l'Arabie saoudite a ouvert sa piste, soigné les blessés, et des images montrent ses secouristes auprès des voyageurs israéliens. À 17 h 40, un avion de remplacement de flydubai quittait Tabouk. En début de soirée, tout le monde était à Ben Gourion. Il y a dix ans, ce vol n'existait pas et ce ciel était fermé aux avions qui desservent Israël. Si quelqu'un a voulu, mercredi, frapper les accords d'Abraham au cœur, sur la ligne aérienne qui en est le symbole, il a obtenu l'inverse : la démonstration qu'ils tiennent sous le pire des tests.

Cela n'interdit aucune question, au contraire. La ministre des Transports, Miri Regev, a demandé la suspension des vols de flydubai vers Israël, et Netanyahou un renforcement de la sécurité sur les compagnies israéliennes et étrangères. Selon une source du ministère citée par le Jerusalem Post, l'accord d'exploitation de la compagnie prévoit que ses pilotes viennent de pays ayant normalisé leurs relations avec Israël, ce qui n'est pas le cas d'Oman. Si la nationalité du suspect se confirme, il faudra comprendre comment il s'est retrouvé aux commandes. La menace venue de l'intérieur est la plus difficile à prévenir pour l'aviation civile, et la paix avec les Émirats mérite justement qu'on la protège sérieusement : avec les Émiratis, pas contre eux.

Ce soir, les passagers du FZ1073 sont chez eux, en pleine semaine de Souccot, la fête de la soucca, cette cabane fragile que la tradition nous demande d'habiter une semaine par an pour nous rappeler que les murs ne protègent pas tout. Mercredi, ce qui a protégé, ce sont des mains : celles de passagers ordinaires, celles d'un équipage, celles de secouristes d'un pays avec lequel la paix reste à écrire. C'est beaucoup. C'est même une raison d'espérer.

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