Herzog, d'ailleurs, ne s'y trompe pas. Jeudi, il avait prévenu que la capacité de former un gouvernement n'était « pas tout à fait claire au vu des vetos croisés entre les blocs et à l'intérieur des blocs eux-mêmes ». Sans les partis arabes, le bloc du changement fait 48 sièges ; le bloc Netanyahou en fait 53. Personne n'atteint 61 sans franchir un veto. C'est la seule arithmétique qui compte.
Et c'est là que se joue, à notre sens, la vraie nouvelle de ce week-end. Eisenkot propose un « gouvernement d'urgence » et demande à tout partenaire de signer quatre principes : Israël, État juif et démocratique ; les valeurs de la Déclaration d'indépendance ; un service pour tous, militaire, national ou civil ; la reconnaissance du Hamas comme organisation terroriste, avec l'engagement de démanteler sa puissance militaire et son pouvoir. Lisez-les une seconde fois. Ce n'est pas le programme d'un parti. C'est le plancher commun du peuple juif, de Bnei Brak à Tel-Aviv, de Sarcelles à New York. Le seul point qui fait vraiment débat, le service pour tous, est précisément celui sur lequel Avigdor Liberman se dit déjà prêt à un compromis « douloureux », selon le Times of Israel.
En face, Netanyahou a lui aussi changé de registre. Samedi soir, dans une vidéo rapportée par Ynet, il propose pour la première fois depuis l'élection un gouvernement d'union nationale : « Citoyens d'Israël, c'est le temps de l'unité. » Il appelle à réunir « tous les partis du camp national et tous les partis sionistes ». Yashar a répondu sèchement, « spin pathétique », et le Likoud juge « dangereux » de s'appuyer sur la Liste commune. Chacun défend quelque chose de légitime : le premier parti du pays réclame le droit de ne pas être écarté ; la majorité des recommandations réclame le droit d'essayer autre chose. Mais notez ce que personne ne relève : les deux hommes prononcent désormais le même mot, et les quatre principes d'Eisenkot ne contiennent rien qu'un électeur du Likoud ne puisse signer.
Il appelle à réunir « tous les partis du camp national et tous les partis sionistes ».
Voilà l'angle que la presse ne souligne pas. Les « vetos croisés » dont parle Herzog ne sont pas une fatalité, ce sont des choix de personnes. L'arithmétique de la Knesset, elle, ne laisse qu'une voie : une conversation entre Juifs. Qu'Eisenkot réussisse en 28 jours, en 42, ou qu'il échoue, ces quatre principes resteront écrits noir sur blanc, et chaque parti devra dire publiquement lequel il refuse. Mansour Abbas, chef de Raam, affirme déjà soutenir le désarmement complet du Hamas et se dit « un pont ». Eisenkot, lui, disait fin septembre ne voir « aucun parti arabe qui accepte ces règles » : la question est donc posée à tous, sans exception.
Deux ans de guerre, un pays qui compte ses doubles enveloppes, consulte ses partis dans l'ordre, et remet un mandat un dimanche à 17 h. Herzog veut « un gouvernement bon et stable pour le peuple d'Israël ». Pour une fois, les deux camps ont déjà donné le mot d'ordre. Il reste à l'honorer.