Pendant deux mille ans, un peuple a gardé une adresse sans pouvoir y entrer. Il la disait à la fin du seder de Pessah et à la sortie de Kippour : l'an prochain à Jérusalem. Il la disait à Fès, à Vilnius, à Salonique, à Bagdad, à Varsovie. Il tournait le visage vers l'est pour prier, et l'est était toujours le même point sur la carte.
Une terre perdue s'oublie en trois générations. Celui-là en a compté cent.
## La langue s'est relevée
L'hébreu n'avait pas disparu : il vivait dans la liturgie et dans l'étude. Ce qui avait disparu, c'était son usage ordinaire. À partir de la fin du dix-neuvième siècle, autour d'Eliezer Ben-Yehuda et de l'école de Rishon LeZion, des familles ont décidé qu'il servirait aussi à acheter du pain, à nommer une rue, à gronder un enfant. C'est le seul cas connu de langue liturgique redevenue langue maternelle. Aujourd'hui, environ dix millions de personnes la parlent au quotidien.
L'hébreu n'avait pas disparu : il vivait dans la liturgie et dans l'étude.
Les marais de la Houla, en haute Galilée, ont été asséchés dans les années 1950. Le Néguev, que les cartes donnaient pour mort, porte des cultures à Ramat Negev et le champ solaire d'Ashalim. Depuis 1901, le Keren Kayemet LeIsrael annonce plus de 240 millions d'arbres plantés. On dit qu'une terre ne reconnaît pas ses fils. Celle-là a fait semblant.
## Mille routes, un seul point de rendez-vous
Le retour n'a pas eu une porte, il en a eu des dizaines.
Du Yémen, par l'opération Tapis volant, près de 49 000 Juifs rejoignent Aden puis Israël entre 1949 et 1950. D'Irak, l'opération Ezra et Néhémie transporte environ 120 000 personnes en 1951 et 1952 : une communauté installée depuis l'exil de Babylone, vieille de près de deux mille six cents ans, disparaît en deux ans. D'Éthiopie, l'opération Moïse fait passer des milliers de Beta Israel par le désert soudanais en 1984 et 1985, puis l'opération Salomon en évacue plus de 14 000 en trente-six heures, en mai 1991. D'Union soviétique, après des années de refus opposés aux refuzniks, près d'un million de personnes arrivent à partir de 1989.
On parle souvent d'installation, de création, d'implantation. Le clip tient sur un autre mot, et c'est tout son propos : on ne revient que là où l'on était.
Les paroles sont de la rédaction. La musique est générée avec Eleven Music, à partir d'un réglage écrit pour ce texte : rap français, voix féminine, batterie trap, darbuka, oud, cent deux battements par minute. Les paroles chantées ont ensuite été réalignées sur la piste par une transcription horodatée mot à mot, ce qui permet à la typographie de suivre exactement le flow. Les pulsations de l'image suivent l'énergie réelle de la batterie, relevée dans le son.