Midbar
← Retour
Société

« Les images qu'il a gardées » : Motaz Azaiza, photographe de Gaza cité pour le Nobel, admet avoir caché des sévices sur des otages

Selon Israel Hayom, le photographe le plus célèbre de Gaza reconnaît avoir dissimulé des images de mauvais traitements infligés aux otages. Peu importe ce qu'elles montrent exactement : l'aveu lui-même retourne la question de la preuve, et rend leur parole aux captifs.

Motaz Azaiza est, depuis trois ans, l'un des visages les plus connus de la guerre de Gaza. Ses photographies ont circulé dans le monde entier, son nom a été avancé pour le prix Nobel de la paix, et pour une partie de l'opinion occidentale, il incarne le « témoin » par excellence, celui dont l'objectif dirait la vérité que les gouvernements cacheraient. C'est cette figure-là qui vient de se fissurer. Selon Israel Hayom, Azaiza admet avoir eu en sa possession des images montrant des sévices infligés à des otages, et avoir choisi de ne pas les diffuser.

Les termes exacts de cet aveu, rapportés par le quotidien israélien, devront être lus mot à mot, et nous y reviendrons. Mais ce que l'on sait déjà suffit à poser le problème. Un homme présenté au monde comme la conscience visuelle de Gaza reconnaît qu'il a trié. Qu'il a vu la souffrance des captifs, qu'il en a détenu la trace, et qu'il a décidé que cette trace-là ne ferait pas partie du récit.

Il faut mesurer ce que cela signifie. Depuis le 7 octobre 2023, le monde a regardé Gaza à travers un flux d'images produit sur place, relayé par des rédactions qui n'y avaient pas accès. Ce flux a servi de socle à des accusations d'une gravité inédite contre Israël. On nous a expliqué que la caméra ne mentait pas. La caméra ne ment peut-être pas, mais celui qui la tient décide de ce qu'elle montre. L'aveu d'Azaiza ne porte donc pas seulement sur des otages : il porte sur la nature même du corpus qui a nourri trois ans de procès contre l'État juif. Ce corpus n'était pas la réalité brute. C'était une sélection, et son auteur le dit lui-même.

C'est là l'angle que la presse généraliste ne soulignera pas. Le plus important, dans cette affaire, n'est pas ce que contiennent les images cachées, si dures soient-elles. Le plus important, c'est que leur existence soit confirmée par la source, et non par Israël. Les familles d'otages, les captifs libérés, les porte-parole israéliens ont décrit les conditions de détention, et on leur a souvent opposé le soupçon : propagande, exagération, absence de preuve indépendante. Voici une preuve qui vient de l'autre côté. Elle ne dit pas seulement que les sévices ont eu lieu. Elle dit qu'un témoin les a vus, qu'il pouvait les montrer, et qu'il a préféré protéger le récit plutôt que les victimes.

Pour le peuple juif, ce moment n'appelle ni ressentiment ni triomphalisme. Il appelle une exigence simple : que ceux qui ont fait d'Azaiza un symbole, comités, rédactions, festivals, universités, tirent les conséquences de ses propres mots. Un prix de la paix ne se décerne pas à quelqu'un qui choisit quelles victimes méritent d'être vues.

Un prix de la paix ne se décerne pas à quelqu'un qui choisit quelles victimes méritent d'être vues.

Et il y a, dans cette affaire, une raison de tenir bon. Depuis trois ans, les proches des otages, en Israël comme en diaspora, ont porté une seule demande : que l'on regarde leurs enfants, leurs frères, leurs parents comme des êtres humains à part entière. Cette vérité-là, on a tenté de la garder hors champ. Elle finit par sortir, de la bouche même de celui qui la cachait. Cela ne rend pas les jours de captivité, mais cela confirme ce que nous savions : la vérité des otages n'a pas besoin d'être prouvée par nous seuls. Elle s'impose d'elle-même, dès que quelqu'un cesse de la couper au montage.

#Otages#Gaza#MotazAzaiza#Nobel#Désinformation#Israël#Midbar

Midbar vit de ses lecteurs.

Pas de paywall, pas de compte, pas de traceur. Un soutien, une fois ou chaque mois, finance ce que vous venez de lire.

Soutenir Midbar

À lire aussi