Dans le Michigan, la course sénatoriale entre Abdul El-Sayed et Haley Stevens ne départage plus deux candidats mais deux conceptions du Parti démocrate. Et pour les Juifs américains, le vrai enjeu n'est pas ce soir : c'est la décennie qui vient.
Les faits d'abord. Dans la primaire démocrate du Sénat au Michigan, l'avance d'Abdul El-Sayed sur la représentante Haley Stevens s'est resserrée, dans une campagne où la question d'Israël a occupé une place centrale, jusqu'à faire de ce scrutin d'État un test national des fractures du parti. Le même soir, dans le Missouri, Wesley Bell — soutenu par l'AIPAC et resté clairement pro-israélien — a battu Cori Bush, qui avait promis d'« enterrer » le lobby pro-israélien. Et dans le Michigan encore, William Lawrence, militant climatique alignés sur El-Sayed et accusant Israël de « génocide », a remporté une investiture pour la Chambre face à deux centristes qui se sont divisé les voix. Les électeurs juifs du Michigan, eux, sont divisés : certains font du porte-à-porte pour Stevens, d'autres plantent des pancartes pour El-Sayed.
Ce que cela révèle est plus important que le nom du vainqueur. Israël n'est plus un sujet de politique étrangère dans les primaires démocrates : c'est devenu un marqueur identitaire, un test d'appartenance à la gauche. Là où l'on demandait hier à un candidat sa position sur les colonies, on lui demande aujourd'hui de souscrire au vocabulaire du « génocide ». C'est une victoire idéologique de l'aile hostile à Israël, indépendamment des résultats : elle a réussi à déplacer le centre de gravité du débat.


