Dans le Michigan, les primaires démocrates viennent d'envoyer à Washington une génération d'élus qui font de l'hostilité à Israël un marqueur identitaire. L'erreur serait de n'y voir qu'un fait local : c'est le laboratoire du Parti démocrate de 2030.
Les faits d'abord. Dans le Michigan, Abdul El-Sayed, critique déclaré d'Israël et pourfendeur de l'AIPAC, a remporté d'extrême justesse la primaire démocrate face à la représentante Haley Stevens, soutenue par une large part de la communauté juive de l'État. Le même soir, Donavan McKinney, qui promet de mettre fin à l'aide militaire américaine à Israël, a battu un élu sortant pro-israélien. Et Abbas Alawieh, cofondateur de la campagne « Uncommitted » qui appelait à voter contre Joe Biden à cause de Gaza, a décroché l'investiture pour un siège de sénateur d'État. Trois scrutins, une même direction.
El-Sayed a consacré une partie de son discours de victoire à promettre aux Juifs du Michigan qu'il se souciait de leur sécurité. Prenons-le au sérieux — et prenons-le au mot. Mais ne confondons pas deux choses : la protection des Juifs comme minorité vulnérable, et le droit du peuple juif à un État souverain capable de se défendre. Toute une génération politique a appris à accorder la première tout en refusant la seconde. C'est précisément cette dissociation qui inquiète, parce qu'elle est confortable : elle permet de condamner l'antisémitisme le lundi et de voter contre les moyens de survie d'Israël le mardi, sans jamais se sentir en contradiction.
Toute une génération politique a appris à accorder la première tout en refusant la seconde.


