Trois victoires de candidats hostiles à Israël dans un même État, la même nuit : le Michigan n'est pas un accident local, c'est un laboratoire. Mais le chiffre qui compte n'est pas la victoire d'Abdul El-Sayed — c'est l'écart infime qui l'a permis.
Le Michigan a envoyé un signal que la communauté juive américaine ne peut plus traiter comme une anomalie. Abdul El-Sayed, critique déclaré d'Israël et pourfendeur de l'AIPAC, a remporté d'un cheveu la primaire démocrate face à la représentante Haley Stevens, soutenue par une large partie de l'électorat juif. La même nuit, Donavan McKinney, qui promet de mettre fin à l'aide américaine à Israël, a battu un élu sortant pro-israélien. Et Abbas Alawieh, cofondateur du mouvement « Uncommitted » qui appelait à voter contre Joe Biden au nom de Gaza, a décroché l'investiture pour un siège de sénateur d'État.
Trois scrutins, une même direction. On aurait tort d'y voir un simple sursaut protestataire : c'est l'institutionnalisation d'un courant qui a fait de l'hostilité à Israël non plus une position marginale, mais un ticket d'entrée dans la politique démocrate locale. Le fait qu'El-Sayed ait consacré une part de son discours de victoire à promettre aux Juifs du Michigan qu'il se souciait de leur sécurité en dit long : il sait que sa légitimité restera contestée, et il cherche déjà à la racheter par des mots.


