Dans le Michigan, une procureure générale juive renonce à se rendre à la convention de son parti par crainte du harcèlement, et des rabbins demandent qu'on protège les délégués juifs. Ce n'est pas un incident local : c'est le signal que l'antisémitisme n'est plus seulement dans la rue, il s'installe dans les procédures internes de la vie démocratique.
Les faits, d'abord. Dans le Michigan, la procureure générale de l'État, Dana Nessel, qui est juive, a renoncé à participer à la convention du Parti démocrate de l'État par crainte d'y être harcelée. En réaction, des rabbins de l'État ont lancé une pétition appelant le parti à garantir la sécurité et la dignité des délégués juifs pendant l'événement. Ce texte, rapporté par la JTA, met des mots sur une angoisse devenue banale : celle de militants juifs qui ne se sentent plus à l'abri dans leur propre camp politique.
Arrêtons-nous sur l'énormité de la scène. Il ne s'agit pas d'une manifestation hostile devant une synagogue, ni d'un campus en ébullition. Il s'agit d'une convention partisane, d'un lieu de délibération démocratique, où l'on doit désormais demander une protection spécifique pour une catégorie de délégués — à raison de leur identité. Quand une élue de premier rang calcule qu'il est plus prudent de rester chez elle, l'antisémitisme a gagné une manche : il n'a même pas eu besoin de passer à l'acte, l'anticipation de l'hostilité a suffi à produire l'exclusion.


