Ce fait, i24NEWS le rapporte presque en passant : pendant la guerre contre l'Iran, Israël a accepté de fournir aux Émirats un système de défense antimissile Dôme de fer temporaire, opéré par des techniciens israéliens. Autrement dit, des Israéliens ont veillé sur des villes arabes, avec un bouclier israélien, sous des missiles iraniens. Les diplomates émiratis ont trouvé les mots : cette décision « ne sera jamais oubliée ». Et ils ont ajouté : « Il est bon de savoir qui sont ses amis dans les moments difficiles et qui ne le sont pas. »
Les diplomates émiratis ont trouvé les mots : cette décision « ne sera jamais oubliée ».
La phrase a été suivie d'un acte. À l'Assemblée générale de l'ONU, pendant le discours de Netanyahou, des dizaines de délégations ont quitté la salle. Deux pays arabes sont restés assis : les Émirats et Bahreïn. Rester sur sa chaise quand tout le monde se lève pour sortir, c'est une forme de courage diplomatique. Abou Dhabi l'a eu.
Ce qui se joue ici dépasse la relation bilatérale. Pendant des décennies, la diplomatie israélienne a consisté à demander : des garanties de sécurité, des livraisons d'armes, un veto au Conseil de sécurité, une promesse d'être là si le pire arrivait. Le petit pays entouré demandait une assurance au monde. Avec le Dôme de fer aux Émirats, le mouvement s'inverse. C'est Israël qui assure. C'est la force israélienne qui devient une garantie pour un autre État. La sécurité juive, construite dans la solitude, est devenue un bien que d'autres viennent chercher.
On peut lire les accords d'Abraham comme des cérémonies. Il est plus juste de les lire comme ceci : une alliance ne se mesure pas le jour de la signature mais la nuit où les missiles volent. Cette nuit-là, Israël était présent, avec ses techniciens, sur un sol arabe. Les Émiratis le savent, et ils le disent avec une formule que le peuple juif connaît intimement, tant il l'a lui-même prononcée au fil des siècles : on sait qui sont ses amis dans les moments difficiles.
Et c'est là que l'affaire concerne chacun de nous, à Jérusalem comme à Paris ou à Sarcelles. Le récit de l'isolement d'Israël, martelé par ceux qui voudraient le voir seul, se fissure devant un fait simple : un pays dont la force protège ses voisins ne s'isole pas, il s'ancre. Chaque batterie installée chez un allié est un argument de plus contre le boycott, une raison de plus pour d'autres capitales de rester dans la salle. Le sionisme a promis aux Juifs de ne plus jamais dépendre de la bienveillance des autres. À Abou Dhabi, il a franchi une étape que ses fondateurs n'osaient pas écrire : ce sont les autres qui, désormais, comptent sur nous.