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Diaspora

Netanyahou, Londres et la « République islamique » : la provocation qui met le doigt sur une plaie européenne

En qualifiant le Royaume-Uni de « République islamique », Benjamin Netanyahou a déclenché une tempête diplomatique. Derrière l'outrance de la formule, une question que les Juifs britanniques se posent depuis des années sans oser la dire à voix haute : qui protège encore les communautés juives en Europe ?

Le Premier ministre israélien a lancé, dans une interview, une pique cinglante contre le Royaume-Uni, qu'il a comparé à une « République islamique ». Londres a immédiatement protesté, dénonçant des propos inacceptables. La séquence s'inscrit dans une relation britanno-israélienne dégradée depuis la reconnaissance par Londres d'un État palestinien et les restrictions sur certaines exportations d'armes vers Israël.

Disons-le franchement : la formule est excessive, et elle sera exploitée par ceux qui cherchent à caricaturer Israël. Le Royaume-Uni reste une démocratie parlementaire, avec une communauté juive ancienne, structurée, et des institutions qui la défendent. Mais l'outrance rhétorique de Netanyahou n'est pas née de rien. Elle vise un phénomène réel, mesuré par les chiffres du Community Security Trust : depuis octobre 2023, l'antisémitisme au Royaume-Uni a atteint des niveaux inédits depuis la Shoah. Des synagogues sous protection policière permanente, des manifestations hebdomadaires où l'appel à « globaliser l'intifada » ne suscite plus guère d'arrestations, une attaque meurtrière contre une synagogue de Manchester à Yom Kippour 2025. Ce n'est pas un fantasme israélien : c'est le quotidien de nos frères britanniques.

Pour qui est-ce une victoire ? À court terme, pour personne. Netanyahou offre à ses détracteurs un prétexte facile pour parler de la forme plutôt que du fond. Et le fond, c'est que la classe politique britannique a préféré, ces deux dernières années, gérer une opinion publique électoralement sensible plutôt que d'affronter la montée d'un islamisme politique qui a fait d'Israël son totem de mobilisation.

L'angle que personne ne souligne : cette passe d'armes révèle un basculement doctrinal en Israël. Pendant soixante-dix ans, Jérusalem a traité les diasporas comme des partenaires à ménager, en évitant soigneusement de critiquer les gouvernements qui les hébergent. Ce tabou vient de tomber. Israël commence à parler des Juifs d'Europe non plus comme d'un lobby amical, mais comme d'une population dont la sécurité est un dossier de politique étrangère — au même titre que celle des otages ou des Juifs d'Iran.

L'angle que personne ne souligne : cette passe d'armes révèle un basculement doctrinal en Israël.

C'est une révolution silencieuse, et elle est à double tranchant. Elle peut fragiliser les communautés, sommées de choisir entre leur pays et l'État juif. Elle peut aussi, enfin, forcer les chancelleries européennes à comprendre qu'on ne protège pas ses Juifs par des communiqués. Les mots de Netanyahou étaient mal choisis. La question qu'ils posent, elle, ne disparaîtra pas.

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