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« Never again is now » : en Floride, un démocrate montre Auschwitz pour garder un siège que son parti ne possède plus

Jared Moskowitz raconte ses arrière-grands-parents assassinés à Auschwitz dans un spot de campagne que les experts jugent « puissant mais défendable ». Le plus révélateur est ailleurs : la seule haine que la pub nomme est celle d'un tireur à croix gammées, pas celle du rival démocrate qu'il a dû battre en août.

·Source : JTA

Musique grave, photos en noir et blanc d'un camp de concentration. « En chaque génération, ils se lèvent contre nous », dit Jared Moskowitz, représentant démocrate du sud de la Floride, dans son nouveau spot de campagne. « Mes arrière-grands-parents ont été assassinés à Auschwitz. » Puis, debout devant le lycée Marjory Stoneman Douglas : « Dans notre génération, ici même, le tireur de Parkland avait gravé des croix gammées sur son arme. » Quatorze élèves et trois enseignants y ont été tués en 2018. Le spot se ferme sur trois mots : « Never again is now. »

La JTA a demandé à deux universitaires si la ligne était franchie. Non, répondent-ils. « Puissant mais défendable », tranche Stephen Sussman, de Barry University, qui rappelle que Moskowitz « ne compare pas son adversaire à Hitler ». « Ce sont des images choquantes, mais c'était l'histoire de sa famille », ajoute Ken Goldstein, de l'université de San Francisco. Sa grand-mère a quitté l'Europe par un Kindertransport ; ses arrière-grands-parents n'en sont jamais revenus. On ne fera pas la leçon à un petit-fils de rescapée sur l'usage de sa propre mémoire, et la phrase d'ouverture, tout lecteur de la Haggada l'aura reconnue, dit exactement ce que les Juifs se répètent chaque Pessah.

La vraie question n'est pas la légitimité du spot, c'est sa nécessité. Pourquoi un élu sortant, l'un des soutiens d'Israël les plus constants du groupe démocrate à la Chambre, a-t-il besoin d'Auschwitz pour se faire réélire ? Parce que le sol a bougé sous ses pieds. Le redécoupage a transformé le 25e district (Delray Beach, Boca Raton, Miami Beach) en un territoire que Donald Trump aurait probablement remporté en 2024. Le Cook Political Report l'a reclassé de « solidement démocrate » à « toss up ». Un quart de ses électeurs sont juifs, selon les estimations locales. Et l'adversaire de novembre, Scott Singer, ancien maire de Boca Raton, républicain, est juif lui aussi.

Regardons maintenant ce que le spot nomme et ce qu'il tait. Il nomme une haine : celle d'un tireur à croix gammées, en 2018. Il ne nomme pas celle que Moskowitz a dû affronter en août 2026, dans sa propre primaire, quand Oliver Larkin, opposé aux ventes d'armes à Israël, qualifiait l'État juif de nation « suprémaciste religieuse ». Moskowitz l'a battu, 63,5 % contre 36,5 %. Mais plus d'un électeur démocrate sur trois dans ce district a voté pour ce discours. La croix gammée fait consensus dans son parti ; le « suprémacisme » d'Israël, non. Alors la pub montre la première et passe la seconde sous silence. Ce n'est pas de la lâcheté, c'est une contrainte : un démocrate pro-israélien ne peut plus dire à ses propres électeurs d'où vient la menace la plus récente contre lui.

La croix gammée fait consensus dans son parti ; le « suprémacisme »

C'est là que le scrutin de Floride dit quelque chose que le reste de l'Amérique juive devrait entendre. Un Juif démocrate contre un Juif républicain, dans un district juif à 25 %, classé indécis : aucun des deux partis ne possède plus ce vote. Pour Midbar, ce n'est pas une mauvaise nouvelle. Un électorat qu'il faut mériter pèse davantage qu'un électorat acquis, et l'on juge un candidat sur ses actes, jamais sur son étiquette. Moskowitz en a : des lois bipartisanes qui financent la sécurité des synagogues et des associations juives, c'est de l'argent public au service d'une minorité menacée, un service public au sens le plus exact du terme. Singer devra en montrer autant. Le jour où les deux camps rivalisent pour protéger les Juifs, le « Never again » cesse d'être un slogan de campagne pour redevenir une politique.

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