Or voici le fait que presque personne ne relève : l'AIPAC n'a pas participé à cette course. Pas un dollar dépensé, ni pour ni contre elle. Thomas a mis en scène le rejet d'un adversaire qui n'était pas là. C'est précisément ce qui doit nous alerter. Quand un lobby est combattu là où il agit, c'est de la politique. Quand il est brandi comme épouvantail là où il est absent, c'est devenu un symbole — et dans certains milieux progressistes, le mot « AIPAC » fonctionne désormais comme un raccourci commode pour désigner une influence juive organisée qu'il serait vertueux de « jeter à la poubelle ». Interrogée par la JTA, Thomas jure que ses critiques « n'ont JAMAIS porté sur les Juifs, le judaïsme ou l'existence d'Israël ». Dont acte. Mais lors du débat de samedi, elle a accusé Benjamin Netanyahou de « commettre un génocide » et d'« assassiner des enfants » — tout en affirmant qu'« on peut être pour nos frères et sœurs juifs et contre Netanyahou ». La distinction est posée en théorie ; l'imagerie de la poubelle, elle, travaille les esprits en pratique.
Mais lors du débat de samedi, elle a accusé Benjamin Netanyahou de « commettre un génocide »
Soyons lucides sur l'enjeu réel : Thomas n'a quasiment aucune chance en novembre face au républicain Kevin Hern, soutenu par Donald Trump, dans un État qui n'a pas envoyé de démocrate au Sénat depuis plus de trente ans. Ce n'est donc pas ce siège qui se joue. Ce qui se joue, c'est la normalisation d'un réflexe : après la Floride, après le Michigan d'Abdul El-Sayed, l'anti-AIPAC est en train de devenir un marqueur identitaire obligatoire de la gauche démocrate, y compris là où il ne coûte rien et ne correspond à aucune réalité locale.
Et c'est là l'ouverture que ce scrutin impose : le jour où « refuser l'argent de l'AIPAC » sera un rite de passage aussi automatique que refuser l'argent des pétroliers, la question ne sera plus de savoir si le lobby pro-israélien gagne ou perd des élections. Elle sera de savoir si un candidat démocrate pourra encore, quelque part en Amérique, assumer publiquement le soutien à Israël sans payer un prix dans son propre camp. L'Oklahoma, où rien ne se jouait, vient de montrer que le symbole voyage plus vite que l'argent. Pour la diaspora, la bataille n'est plus financière : elle est culturelle. Et elle commence dans les primaires que personne ne regarde.