Israël lance une offensive pour reconquérir une opinion américaine qui lui échappe. Mais le problème n'est pas le message : c'est que la guerre se joue désormais sur des terrains où l'État hébreu n'a presque aucune présence — et où la génération qui décidera de l'alliance dans vingt ans se forme déjà.
Les faits d'abord : Israël multiplie les initiatives pour regagner du terrain dans l'opinion publique américaine, où les sondages montrent depuis plusieurs années une érosion du soutien, particulièrement marquée chez les jeunes, chez les démocrates et — fait nouveau et sous-estimé — dans une partie de la droite « America First ». Campagnes de communication, tournées d'influenceurs, diplomatie publique : Jérusalem a compris que le capital sympathie n'était plus acquis.
Disons-le franchement : cette prise de conscience est tardive, et la réponse choisie risque d'être inadaptée. Pendant vingt ans, Israël a considéré la relation américaine comme un dossier essentiellement institutionnel — Congrès, lobbying, sommets, aide militaire. C'était rationnel tant que l'opinion suivait les élites. Ce lien s'est rompu. Aujourd'hui, un étudiant de vingt ans à Ann Arbor ne construit pas son rapport à Israël à partir d'un discours au Congrès, mais à partir de quinze secondes de vidéo verticale, sans contexte, sans histoire, sans avant ni après. Le récit hostile a gagné parce qu'il est natif de ce format : il est court, émotionnel, moral, binaire. Le récit israélien, lui, est long, complexe, défensif — et arrive toujours en second, en position de réplique.
Disons-le franchement : cette prise de conscience est tardive, et la réponse choisie risque d'être inadaptée.


