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Diaspora

Rome, un Français, une kippa : l'Europe a cessé de protéger ses Juifs dans la rue

Un touriste français juif aspergé de spray au poivre puis roué de coups en plein centre de Rome, parce qu'il portait une kippa. Ce n'est pas un fait divers : c'est le symptôme d'un continent où le signe juif visible est redevenu une cible — et où l'israélophobie ambiante fournit le carburant.

Les faits, d'abord. Selon la presse italienne et française, un touriste français juif a été agressé en plein centre de Rome. Aspergé de spray au poivre une première fois, il a ensuite été frappé par plusieurs individus. Le mobile désigné par la victime est limpide : il portait la kippa. Les autorités italiennes ont ouvert une enquête ; les responsables communautaires romains, comme les organisations juives françaises, ont dénoncé une agression antisémite caractérisée.

Ce qu'il faut refuser, c'est la banalisation par le vocabulaire. On parlera d'« incident », de « rixe », de « tensions liées au conflit ». Non. Un homme est identifié comme juif à un signe religieux, puis attaqué à plusieurs. C'est une chasse. Et elle a lieu à Rome, ville où une communauté juive vit sans interruption depuis plus de deux mille ans — antérieure au christianisme européen lui-même. Frapper un Juif dans les rues de Rome, ce n'est pas une réaction à une actualité : c'est un très vieux réflexe qui a simplement retrouvé une justification de circonstance.

Mon analyse : nous assistons à un transfert d'agressivité. L'israélophobie, décrite par Marc Knobel comme « un racisme à part entière », n'est pas une opinion abstraite sur une politique étrangère. Elle produit une autorisation morale. Quand des mois de discours ont désigné l'État juif comme un mal absolu, l'individu juif visible devient, pour certains, un débiteur légitime. La kippa cesse d'être un vêtement : elle devient un badge d'imputabilité collective. C'est exactement la définition classique de l'antisémitisme, avec un habillage neuf.

La kippa cesse d'être un vêtement : elle devient un badge d'imputabilité collective.

L'angle que personne ne souligne : ce qui est attaqué ici, c'est le tourisme juif — c'est-à-dire la libre circulation des Juifs en Europe. On a beaucoup parlé de l'insécurité des Juifs dans « leur » ville, leur quartier, leur école. Le voyageur, lui, n'a ni communauté locale, ni vigile de synagogue, ni réseau d'alerte. Il est le maillon nu. Si l'Europe devient un espace où l'on calcule son itinéraire, où l'on troque la kippa contre une casquette avant de sortir de l'hôtel, alors la liberté de mouvement juive s'est déjà réduite sans qu'aucune loi ne l'ait décidé.

Et c'est là le vrai indicateur à surveiller. Un pays ne devient pas invivable pour ses Juifs le jour d'un pogrom : il le devient le jour où l'on s'habitue à ranger sa kippa dans sa poche. Rome vient de nous rappeler que ce jour n'est pas si loin. La réponse n'est pas la discrétion — c'est l'exigence, envers les États européens, d'une protection réelle, et d'un refus net de traiter la haine des Juifs comme un dommage collatéral du débat géopolitique.

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