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Diaspora

Slovénie, Tchéquie : le veto qui casse le monopole diplomatique anti-israélien de Bruxelles

En refusant de signer la déclaration des Vingt-Sept contre les constructions israéliennes en zone E1, Ljubljana et Prague ont réduit Kaja Kallas à publier son texte en son nom propre. Ce n'est pas un incident de procédure : c'est la preuve qu'Israël a appris à jouer l'Europe de l'intérieur — et que l'unanimité anti-israélienne n'existe plus.

Il fallait lire les petites lignes pour mesurer l'événement. La Slovénie et la République tchèque ont refusé de soutenir une déclaration commune des Vingt-Sept condamnant les projets de construction israéliens dans la zone E1, entre Jérusalem et Maalé Adoumim. Faute d'unanimité, la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a dû publier le texte en son propre nom et au nom du Service européen pour l'action extérieure. Traduction : ce qui devait être la voix de l'Europe n'est plus que la voix d'une fonctionnaire.

Ce blocage n'est pas tombé du ciel. Il est le fruit de plusieurs échanges téléphoniques entre le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa'ar, et ses homologues slovène et tchèque. Mieux : l'intervention de Ljubljana et de Prague aurait permis d'ajouter au texte une référence aux mesures prises par Israël contre les auteurs de violences en Judée-Samarie — absente de la version initiale. Israël n'a pas seulement bloqué une déclaration ; il en a réécrit une partie.

Le basculement slovène est le plus spectaculaire. Le précédent gouvernement de Ljubljana signait régulièrement les textes européens les plus critiques envers Israël, notamment sur E1. Depuis l'arrivée au pouvoir de Janez Janša en juin, la donne a changé. Prudence toutefois : le ministère slovène des Affaires étrangères maintient officiellement sa position en faveur du droit international et d'une solution à deux États, et justifie son refus par un argument procédural — le Conseil européen s'était déjà exprimé en juin. La Slovénie n'est pas devenue une seconde Hongrie. Elle est devenue quelque chose de plus utile : un vote flottant.

Elle est devenue quelque chose de plus utile : un vote flottant.

Car c'est là le vrai enseignement. La Hongrie de Viktor Orbán protège Israël depuis des années, mais son soutien est escompté, prévisible, et donc politiquement dévalué à Bruxelles. Un allié idéologique se neutralise ; un allié pragmatique, qui exige d'être convaincu dossier par dossier, pèse infiniment plus lourd. En obtenant le veto de deux capitales qui ne sont pas des soutiens automatiques, Sa'ar a démontré que la diplomatie israélienne peut désormais fabriquer des minorités de blocage à géométrie variable — l'arme même que les adversaires d'Israël utilisaient jusqu'ici contre lui.

La suite est déjà écrite au calendrier : à la mi-septembre, Israël ouvrira sa toute première ambassade en Slovénie, avec un déplacement de Gideon Sa'ar à Ljubljana et de possibles étapes à Prague, Budapest et Bratislava. Une tournée d'Europe centrale qui dessine un axe.

Et c'est ici que se cache la lecture que presque personne ne fait. Le vrai perdant de l'épisode n'est pas la déclaration sur E1 — c'est le mécanisme de l'unanimité lui-même comme outil de pression sur Jérusalem. Chaque texte que Kallas devra signer seule affaiblit un peu plus la fiction d'une « position européenne » sur Israël. Pour la France, la Belgique ou l'Irlande, qui misaient sur le poids collectif des Vingt-Sept pour peser sur Jérusalem, le message est brutal : ce levier est en train de se gripper. Israël n'a plus besoin que l'Europe l'aime. Il lui suffit qu'elle soit divisée — et deux coups de téléphone y ont suffi.

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