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Culture

« Tu ne décides pas ça pour nous » : Robert Kraft ferme son stade à Macklemore, et le boycott change de main

Écarté de la tournée d'Ed Sheeran après avoir accusé Israël de « génocide » sur la scène du MetLife, Macklemore crie à la censure. Sauf que personne ne l'a fait taire : un propriétaire de stade a refusé de lui prêter sa scène. Exactement l'arme que son camp utilise depuis des années contre les artistes israéliens.

·Source : JTA

Les faits d'abord. Lors d'un concert d'Ed Sheeran au MetLife Stadium, dans le New Jersey, le rappeur Macklemore a accusé Israël de génocide, lancé « Free Palestine » et projeté des images de la guerre de Gaza sur les écrans. L'Israeli-American Council a demandé son retrait de la tournée ; la chanteuse Pink, juive, a publié une longue mise au point. Lundi matin, le promoteur nord-américain de Sheeran a confirmé à Rolling Stone que Macklemore ne participerait plus aux huit dates restantes, certaines salles refusant « qu'un concert ait lieu avec Macklemore sur l'affiche ».

Macklemore a aussitôt désigné le coupable sur Instagram : Robert Kraft, propriétaire des New England Patriots et du Gillette Stadium, où deux concerts sont prévus les 25 et 26 septembre. « Ed m'a dit que Kraft avait rallié d'autres propriétaires de stades et qu'ils lui ont collectivement posé un ultimatum : si Macklemore reste, vous ne jouerez pas chez nous. » Fait rare, Kraft a confirmé. Dans une déclaration transmise à la JTA, il explique que la participation du rappeur « franchirait la ligne » fixée par son stade en matière de discours de haine, en raison de ce qui a été montré à MetLife et d'« un historique plus large de rhétorique et d'imagerie antisémites ». Depuis le 7 octobre 2023, l'homme a même installé sous le Gillette Stadium une cellule qui surveille l'antisémitisme sur les réseaux sociaux.

Le milliardaire prend soin de dire ce qu'il ne fait pas : « Cette décision ne vise pas à minimiser la souffrance des Palestiniens innocents ni à refuser à quiconque le droit de plaider pour eux. Leur douleur et leurs pertes sont réelles. Mais ce plaidoyer ne doit pas se faire au détriment de la communauté juive. » Il rappelle avoir « créé des opportunités sportives et entrepreneuriales pour des Palestiniens » et propose à Macklemore de « s'asseoir pour discuter des faits ».

Il rappelle avoir « créé des opportunités sportives et entrepreneuriales pour des Palestiniens »

C'est Pink qui a tracé la ligne la plus juste. Macklemore, rappelle-t-elle, images violentes à l'écran, a « pris le micro pour dire à tous les Juifs du stade que ce n'était pas contre eux. Vous ne décidez pas ça pour nous. » Et elle précise : « Je n'ai jamais demandé qu'un autre artiste soit réduit au silence, et je ne le demande pas maintenant. » Sa seule exigence : que « la famille juive deux rangs plus loin » n'ait pas peur à un concert. Voilà le point. Le problème n'est pas une opinion sur Gaza – Pink le dit, Kraft le dit. Le problème, c'est qu'un artiste au passif chargé – Pink évoque un déguisement aux signifiants antisémites – transforme un spectacle familial de 80 000 personnes en meeting, puis explique aux Juifs présents ce qu'ils doivent ressentir.

Et voici le retournement que le communiqué de Macklemore veut faire oublier. Depuis « presque trois ans », dit-il lui-même, il tient ce discours « sur des scènes du monde entier » ; en 2024, il dédiait « Hind's Hall » aux campements de Columbia. Or ce mouvement a une doctrine culturelle assumée : le boycott. Faire pression sur les salles, les festivals, les programmateurs pour que les artistes israéliens ne montent pas sur scène. Personne n'y parlait de censure ; on parlait de responsabilité. Robert Kraft n'a rien fait d'autre : il possède une scène, il choisit qui y monte. L'IAC l'a résumé d'une formule que le camp du boycott pourrait signer mot pour mot : « La liberté d'expression n'est pas la liberté vis-à-vis de la responsabilité. » Quand Macklemore accuse ses critiques de « weaponiser » l'accusation d'antisémitisme, il constate seulement que le levier fonctionne dans les deux sens.

Reste une question que Midbar, attaché à la protection des faibles autant qu'à la sécurité des Juifs, ne veut pas esquiver : faut-il se réjouir qu'un milliardaire décide qui chante ? La réponse tient dans la méthode. Aucun préfet, aucun tribunal, aucune loi : là où l'Europe attend de l'État qu'il interdise – et fabrique un martyr à chaque arrêté –, l'Amérique règle cela entre propriétaires et artistes, et Kraft conclut par une main tendue. Macklemore n'a répondu qu'une chose : « Les victimes, ce sont les Palestiniens. » Pas un mot sur la famille deux rangs plus loin. C'est là, précisément, que passe la ligne.

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