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Société

Lekh Lekha : le premier mot de notre histoire n’est pas « reste », c’est « va »

La première parole de Dieu au premier Juif n’est pas une loi, c’est un ordre de départ : « Va-t’en de ton pays, vers le pays que je te montrerai. » Abraham a 75 ans, il part. À Sichem, la première promesse de la terre, que la parasha répète encore quatre fois. Sichem, Beth-El, Hébron : trois noms écrits dans la Torah 3 700 ans avant qu’on les appelle « territoires occupés ». « Avram l’Hébreu » : tout le monde d’un côté, lui de l’autre. Shalem, Jérusalem, qui entre dans la Torah par une bénédiction. Et les étoiles : « Ainsi sera ta descendance. » Nous sommes la réponse. Lekh lekha, va, pour toi. Chabbat chalom.

·Source : Midbar

Ce Chabbat, on lit la troisième parasha de l'année, et la première où Dieu parle à un Juif. Sa première parole n'est pas une loi. Ce n'est pas « crois », ce n'est pas « fais ». C'est un ordre de départ : « Éloigne-toi de ton pays, de ton lieu natal et de la maison paternelle, et va au pays que je t'indiquerai » (Genèse 12, 1). Abram a soixante-quinze ans. Il n'a pas d'enfant. Il part.

## Un pays, promis cinq fois

Il arrive à Sichem, et Dieu lui apparaît : « C'est à ta postérité que je destine ce pays » (Genèse 12, 7). C'est la première promesse de la Torah, et la parasha ne la lâche plus. Elle la répète à Beth-El, « tout le pays que tu aperçois, je le donne à toi et à ta postérité pour toujours » (13, 15) ; au moment des étoiles, « je t'ai tiré d'Our-Kasdim pour te donner ce pays en possession » (15, 7) ; dans l'alliance « entre les morceaux », « j'ai octroyé à ta race ce territoire » (15, 18) ; et dans l'alliance de la circoncision, « toute la terre de Canaan, comme possession perpétuelle » (17, 8). Cinq fois en six chapitres. Avant Moïse, avant le Sinaï, avant les Dix Commandements, il y a la terre.

Et cette terre a des noms. Abram dresse sa tente à Sichem, puis entre Beth-El et Aï, puis dans les plaines de Mamré, « qui sont en Hébron » (13, 18), et il y bâtit des autels. Trois noms écrits dans la Torah il y a quelque 3 700 ans, et que les dépêches d'aujourd'hui appellent « territoires occupés ».

## Avram l'Hébreu

Au chapitre 14, quand des fuyards viennent lui annoncer que son neveu Loth a été capturé, la Torah l'appelle pour la première fois « Abram l'Hébreu » (14, 13). Ha-Ivri. Le midrach explique le mot par sa racine, ever, l'autre rive : « tout le monde d'un côté, et lui de l'autre » (Beréchit Rabba 42, 8). C'est la définition la plus ancienne de ce que nous sommes. Pas une race, pas un territoire : la capacité de rester seul de son côté quand le monde entier est de l'autre. Trois ans après le 7 octobre, dans des assemblées où Israël est seul contre tous, le mot n'a pas pris une ride.

Au retour de cette guerre, Abram est béni par Malki-Tsédek, roi de Shalem, qui lui apporte du pain et du vin (14, 18). Shalem, c'est Jérusalem : le Targoum Onkelos traduit « roi de Jérusalem », et le psaume dit de Dieu que « sa tente est à Shalem » (Psaumes 76, 3). La première fois que la ville entre dans la Torah, ce n'est pas par une guerre. C'est par une bénédiction, du pain et du vin.

## Compte les étoiles

Puis vient la nuit. Abram n'a toujours pas d'enfant. Dieu le fait sortir : « Regarde le ciel et compte les étoiles : peux-tu en supputer le nombre ? Ainsi sera ta descendance. » Et le verset suivant est l'un des plus courts et des plus grands de la Torah : « Et il eut foi en l'Éternel » (15, 5-6). Un homme de soixante-quinze ans, sans terre et sans fils, regarde le ciel et croit. Trois mille sept cents ans plus tard, de Tel-Aviv à Paris, de Jérusalem à New York, nous sommes la réponse à cette nuit-là.

Dieu le fait sortir : « Regarde le ciel et compte les étoiles : peux-tu en supputer le nombre ?

## Va, pour toi

Rachi s'arrête sur les deux mots du titre. Lekh lekha, mot à mot : va, pour toi. « Pour ton bien, et pour ton bonheur » (Rachi sur Genèse 12, 1). Le départ n'est pas une punition ni un exil. C'est la première promesse faite à un Juif : ce que tu quittes vaut moins que ce vers quoi tu vas.

Le peuple juif a reçu beaucoup de premiers mots depuis. Mais le tout premier, celui par lequel notre histoire commence, n'est pas « reste ». C'est « va ». Chabbat chalom.

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*Sources : [Sefaria, Genèse 12](https://www.sefaria.org/Genesis.12.1) ; [Genèse 13, 14-18](https://www.sefaria.org/Genesis.13.14) ; [Genèse 14, 13](https://www.sefaria.org/Genesis.14.13) ; [Genèse 14, 18](https://www.sefaria.org/Genesis.14.18) ; [Genèse 15, 5-7](https://www.sefaria.org/Genesis.15.5) ; [Genèse 17, 8](https://www.sefaria.org/Genesis.17.8) ; [Rachi sur Genèse 12, 1](https://www.sefaria.org/Rashi_on_Genesis.12.1.1) ; [Beréchit Rabba 42, 8](https://www.sefaria.org/Bereshit_Rabbah.42.8) ; [Targoum Onkelos sur Genèse 14, 18](https://www.sefaria.org/Onkelos_Genesis.14.18) ; [Psaumes 76, 3](https://www.sefaria.org/Psalms.76.3). Traduction : Bible du Rabbinat.*

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