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« Avec la bénédiction de Washington » : Maroc et Israël, la seule paix d'Abraham qui est un retour à la maison

Ouest-France annonce que « le Maroc et Israël s'unissent », France 24 parle d'« ambassades Israël-Maroc ». Six ans après les accords d'Abraham, le mot change tout. Et pour les Juifs francophones, ce n'est pas une normalisation entre étrangers : c'est une porte de famille qui se rouvre.

Ouest-France l'annonce en une formule qui claque : « Le Maroc et Israël s'unissent avec la bénédiction de Washington ». La même semaine, France 24 place les « ambassades Israël-Maroc » au sommaire de son hebdo Afrique, entre l'épidémie d'Ebola au Nord-Kivu et les Mondiaux au Kenya. Nous sommes en septembre 2026, six ans presque jour pour jour après la signature des accords d'Abraham à la Maison Blanche. Le détail de ces articles ne nous est pas parvenu, et Midbar s'en tient donc à ce qu'ils disent : Rabat et Jérusalem franchissent un nouveau palier, et l'Amérique y apporte sa caution.

Ce palier a un nom, et ce nom compte : ambassades. Depuis que le Maroc a rejoint les accords d'Abraham, en décembre 2020, la relation vivait par des bureaux de liaison. Un bureau de liaison, c'est réel, c'est utile, cela signe des accords sur l'eau, le tourisme, la défense. Mais cela reste révocable d'un trait de plume, et chaque crise régionale rappelait sa fragilité. Une ambassade, c'est un drapeau sur une façade, un ambassadeur qui présente ses lettres de créance au roi, une permanence. C'est le passage du provisoire au durable. Que Washington bénisse ce passage n'est pas un détail : c'est déjà l'administration Trump qui, fin 2020, avait rendu le rapprochement possible en reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. La boucle se ferme avec les mêmes acteurs.

Pour Israël, la victoire est double. D'abord stratégique : un pays arabe, musulman, africain, membre de la Ligue arabe, choisit au grand jour de tenir la main de l'État juif, au moment où d'autres capitales guettent le moindre prétexte pour prendre leurs distances. Chaque pas marocain retire un argument à ceux qui, de Téhéran à La France insoumise, veulent un Israël seul au monde. Ensuite, et c'est ce que la presse généraliste ne voit pas, la victoire est intime. Car le Maroc n'est pas les Émirats. Avec Abou Dhabi, la paix fut une découverte mutuelle. Avec Rabat, c'est une retrouvaille.

Rappelons ce que chaque famille sait. Des centaines de milliers de Juifs ont quitté le Maroc entre les années 1950 et 1970. Ils sont aujourd'hui à Ashdod, Netanya, Beer-Sheva, Dimona ; à Sarcelles, Créteil, Marseille, Strasbourg ; à Montréal. Ils ont emporté la dafina du Shabbat, les hilloulot des saints de l'Atlas, la Mimouna qui clôt Pessah et que tout Israël célèbre désormais. Ils ont transmis la mémoire de Mohammed V refusant d'appliquer les lois de Vichy à ses sujets juifs. Le Maroc, de son côté, a inscrit en 2011 dans sa Constitution que son identité nationale est nourrie d'un « affluent hébraïque ». Aucun autre pays arabe n'a écrit cela.

Ils ont transmis la mémoire de Mohammed V refusant d'appliquer les lois de Vichy à ses sujets juifs.

Voilà pourquoi ce rapprochement rassemble au lieu de diviser. Le haredi de Bnei Brak dont la grand-mère est de Meknès, le réserviste de Tel-Aviv dont le père est né à Casablanca, le Juif de Sarcelles qui monte à Essaouira sur la tombe d'un ancêtre : tous regardent cette nouvelle avec la même émotion. La diplomatie rattrape simplement la mémoire.

Et voici l'ouverture que nous proposons. Le triangle Rabat, Jérusalem, Paris a un sommet en retrait. Pendant que le Maroc se rapproche d'Israël, la France officielle garde ses distances avec Jérusalem. Or les Juifs de France sont, pour beaucoup, des Juifs du Maroc : ils parlent le français de la République, le judéo-arabe des grands-parents et l'hébreu des enfants. Ils sont le trait d'union naturel entre les trois capitales. Le jour où Paris voudra renouer le fil, c'est par eux que passera le chemin. En attendant, entre Kippour et Souccot, cette nouvelle a le goût d'une bénédiction de saison : une maison qui rouvre sa porte à ses enfants. Hatima tova.

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