Puis viennent les aveux. La responsable reconnaît que des caméras ont été piratées le 7 octobre 2023 ; mots de passe changés, systèmes audités. Avant le massacre, les équipes locales s'entraînaient deux fois par an. Le programme Magen 48, baptisé en mémoire des 48 membres des équipes de sécurité tués ce jour-là, les fait désormais s'exercer huit fois, jusqu'à une huitième session consacrée aux scénarios extrêmes. Les équipes ont reçu des armes, des protections et des drones, capacité qui n'existait pas avant, pour voir en temps réel ce qui se passe dans et autour du village. Une application, Netz, alerte et coordonne les défenseurs comme celle du Commandement de l'arrière le fait pour le grand public.
Le détail le plus parlant tient en un exemple donné par l'officier : un habitant de Be'eri peut appartenir à l'équipe de sécurité et travailler à Tel Aviv dans la journée. Pour qu'une force reste sur place, trois unités de réserve, Avshalom, Oz et Yael, ont été créées, et leurs soldats logés dans les localités. Chaque commandant de brigade approuve un plan de défense pour chaque localité, avec un « dossier de défense » recensant menaces, réponses, procédures et population. Comme une base militaire, résume JNS.
Chaque commandant de brigade approuve un plan de défense pour chaque localité, avec un « dossier de défense »
Voilà ce que cela dit. L'État d'Israël ne promet plus à ses citoyens de la frontière que l'armée sera là dans les premières minutes. Il leur donne les moyens de tenir ces minutes eux-mêmes, et il paie pour cela. C'est une leçon d'humilité stratégique : la fin de l'illusion du mur intelligent qui remplacerait les hommes. C'est aussi, et c'est notre lecture sociale, un État qui cesse de faire reposer la sécurité sur le seul bénévolat. Payer des civils pour veiller la nuit, c'est reconnaître que la sécurité est un service public, pas une charité que les habitants se rendent à eux-mêmes.
Mais la phrase la plus importante de l'exposé passe presque inaperçue : ce système « reflète le dispositif de défense locale qui protège les localités de Judée-Samarie depuis plus de vingt ans ». Autrement dit, les kibboutzim de la bordure de Gaza, qui n'ont jamais été des avant-postes idéologiques dans l'imaginaire israélien, adoptent en 2026 le modèle forgé par les localités dont la presse mondiale fait « le problème ». Ces communautés-là savaient depuis longtemps ce que Be'eri et Nir Oz ont payé le 7 octobre : sur une frontière, la première ligne, c'est le portail du village.
Les noms des nouvelles unités disent le reste. Avshalom, pour un combattant de l'Irgoun d'avant l'État ; Oz, pour Nahal Oz et Nir Oz ; Yael, pour trois parachutistes tombés de la 55e brigade. La droite sioniste, le kibboutz, l'armée : trois familles d'Israël dans une même clôture. Et si c'était là le vrai enseignement du 7-Octobre : il n'y a plus deux Israël, l'un au-delà de la Ligne verte et l'autre à l'abri du mur. Toute localité d'Israël est désormais une frontière. Elles viennent d'apprendre à se défendre de la même façon.