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Israël

« Fly and vote » : le Likoud attaque les expatriés qui rentrent voter, et les deux camps défendent sans le savoir le même principe sioniste

Le Likoud a saisi mercredi la commission électorale pour faire cesser les programmes qui aident les Israéliens de l'étranger à rentrer voter le 27 octobre. 20 Minutes y voit un « coup de force antidémocratique ». C'est un recours devant un juge. Et il concerne directement des milliers de lecteurs de Midbar.

Les faits d'abord. Mercredi, l'avocat Ilan Bombach, au nom du Likoud, a déposé un recours auprès du président de la commission électorale centrale, le juge Noam Solberg. Il demande l'arrêt des initiatives qui aident les Israéliens expatriés à rentrer voter le 27 octobre : billets à tarif négocié par réservations groupées, accompagnement administratif, navettes depuis l'aéroport. Deux cibles sont nommées : Aid Coalition, une organisation américaine opposée au gouvernement sortant qui pilote le programme « Fly and vote », et le parti d'opposition Les Démocrates. Pour le Likoud, ces tarifs constituent un « pot-de-vin électoral » et enfreignent la loi sur le financement des partis. Fin août déjà, il accusait l'opération de porter atteinte à « l'authenticité du scrutin ».

Le bureau central de la statistique compte 600 000 Israéliens hors du pays. La loi ne leur permet pas de voter depuis l'étranger, hors personnels consulaires. Michal Dagon, qui dirige le projet, affirmait récemment à Haaretz que plus de 30 000 personnes s'étaient inscrites, pour un objectif de 50 000 à 70 000 électeurs. Dans un scrutin que les sondages donnent serré entre le bloc de Benyamin Netanyahou et celui de Gadi Eisenkot, ce n'est pas un détail.

Premier point à remettre d'aplomb : 20 Minutes ouvre sur un « coup de force antidémocratique ». Un recours écrit, déposé devant une commission présidée par un juge, qui statuera selon la loi : c'est l'exact contraire d'un coup de force. L'argument du Likoud est faible, puisque les voyageurs paient eux-mêmes leur billet. Mais la loi sur le financement des partis existe précisément pour encadrer les avantages en nature, et une organisation américaine qui organise des vols groupés vers un scrutin national mérite au minimum un examen. Si une fondation américaine proche du Likoud faisait la même chose pour des électeurs de droite, l'opposition saisirait le juge Solberg le jour même.

Premier point à remettre d'aplomb : 20 Minutes ouvre sur un « coup de force antidémocratique ».

Second point : le Likoud parie que ces expatriés votent contre lui. Rien ne le prouve. Ceux qui rentrent sont, selon Aid Coalition, « des citoyens qui sont venus se battre le 7-Octobre, qui paient des impôts et sont impliqués dans la vie de leur patrie ». Cet électorat-là, on ne le présume pas : on le convainc. Un parti qui préfère bloquer un aéroport que de faire campagne dans la diaspora dit quelque chose à ceux qui hésitent encore à rentrer.

Et voici ce que les deux camps n'ont pas vu. La loi israélienne refuse l'urne à distance. Ce n'est pas une lacune, c'est un principe : décide du sort du pays celui qui vit sous ses sirènes, fait ses périodes de réserve et paie ses impôts sur place. Or « Fly and vote » ne conteste pas ce principe. Personne ne réclame un bureau de vote à Paris ou à Brooklyn ; on demande à des gens de poser le pied sur la terre pour avoir voix au chapitre. En organisant ces vols, l'opposition ratifie l'idée la plus sioniste qui soit : la citoyenneté israélienne s'exerce en Israël.

Pour les lecteurs de Midbar, ce dossier n'est pas lointain. Des milliers de Franco-Israéliens gardent ce passeport bleu dans un tiroir. Le juge Solberg dira si un tarif négocié est un avantage illicite. Quel que soit son verdict, 50 000 Israéliens qui atterrissent à Ben Gourion pour un bulletin de vote, cela ressemble moins à une manœuvre électorale qu'à une répétition générale de retour. Certains, une fois là, rateront le vol du retour. Aucun recours n'y changera rien.

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