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Israël

« Réfuter, pas bannir » : déchoir les auteurs de « NAZA » de leur nationalité, le cadeau qu'Israël ne doit pas leur faire

Selon RFI, un texte de loi proposé en Israël vise à retirer la nationalité israélienne aux réalisateurs du documentaire « NAZA ». Le film mérite la réplique, pas l'exil : un État juif qui retire son passeport à un Juif pour un film renonce à la promesse même qui l'a fondé.

·Source : RFI

Les faits, d'abord, avec la prudence qu'impose une dépêche dont nous n'avons que le titre. RFI rapporte qu'une loi est proposée en Israël pour déchoir de leur nationalité israélienne les réalisateurs de « NAZA », le documentaire que Midbar analysait la semaine dernière après son ovation à la Mostra de Venise. Qui porte le texte, à quel stade il se trouve à la Knesset, quelles sont ses chances réelles d'aboutir : nous ne le savons pas encore, et nous ne l'inventerons pas. Restons à ce qui est établi : un texte de loi, deux cinéastes, un passeport en jeu.

Rappelons ce qu'est ce film. Signé Yuval Abraham et Rachel Szor, il accuse Tsahal d'avoir « calculé à l'avance » ses victimes civiles. Midbar l'a écrit : ce calcul porte un nom en droit de la guerre, la proportionnalité, et c'est précisément la règle qui distingue une armée d'une milice. « NAZA » n'est pas un documentaire, c'est un acte d'accusation, et il mérite d'être démonté séquence par séquence. Nous n'avons aucune sympathie pour son propos.

C'est justement pour cela que la déchéance de nationalité est une faute. Pas une faute morale abstraite : une faute stratégique, dans la guerre des récits qu'Israël mène depuis le 7-Octobre.

Pas une faute morale abstraite : une faute stratégique, dans la guerre des récits qu'Israël mène depuis le 7-Octobre.

Premier point : la force de ce film à l'étranger tient en un mot. Ses auteurs sont israéliens. C'est ce qui fait se lever une salle à Venise, c'est ce qui rend l'accusation audible pour des publics qui n'écouteraient jamais un porte-parole du Hamas. Leur retirer le passeport n'efface pas cette étiquette, cela la grave dans le marbre : ils deviennent des « dissidents israéliens exilés », et le film gagne la bande-annonce que ses producteurs n'auraient jamais osé rêver.

Deuxième point : le narratif du « génocide » a besoin d'un État qui fait taire. Ceux qui accusent Tsahal de calculer ses victimes attendent qu'Israël se mette à calculer ses citoyens. Une loi qui vise deux personnes nommées pour un film, c'est l'inverse de l'État de droit dont Israël se réclame face à ses accusateurs. On ne répond pas à une calomnie en lui fournissant sa pièce à conviction.

Troisième point, et c'est celui qui compte le plus pour nous. Le sionisme repose sur une promesse simple : aucun Juif n'est étranger en Israël. La loi du retour dit à chaque Juif du monde que ce pays est le sien, avant tout examen de ses opinions ou de ses films. Un État qui commence à trier ses Juifs selon ce qu'ils pensent de l'armée fait exactement ce que le sionisme a été inventé pour rendre impossible. L'histoire juive sait trop bien ce que signifie un pays qui retire leur citoyenneté à ceux qu'il juge indésirables pour qu'Israël en emprunte le geste, même contre des Juifs qui se trompent lourdement.

Midbar est à droite sur l'identitaire : la nation est un bien, les frontières se défendent, l'armée se soutient. Mais la nation n'est pas un club dont on révoque les membres pour délit d'opinion. Un électeur du Likoud reconnaîtra que « NAZA » est une accusation indéfendable ; un électeur de Yashar reconnaîtra qu'une démocratie ne bannit pas ses cinéastes. Les deux peuvent tomber d'accord sur la conclusion : la réplique à ce film se joue dans une salle de projection, avec les règles d'engagement, les chiffres et les juges d'Israël, pas au bureau des passeports. Réfuter le film renforce Israël. Bannir ses auteurs renforce le film.

#Israel#NAZA#Knesset#Sionisme#Cinema#Venise#Midbar

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