Puis les alliances. Mohammed ben Salmane aurait demandé à Donald Trump une intervention directe contre les Houthis. Washington a refusé d'engager des frappes, tout en promettant davantage de renseignement, d'aide défensive et de soutien au ciblage. L'accord de défense signé en août avec la Turquie et le Pakistan n'a produit, lui, que des déclarations de solidarité. JForum en tire une phrase que chaque Israélien pourrait contresigner : « une alliance ne vaut que par les risques que ses membres acceptent réellement d'assumer. »
Mohammed ben Salmane aurait demandé à Donald Trump une intervention directe contre les Houthis.
C'est ici que le tableau devient intéressant pour Israël. Ce que Riyad découvre sous le feu, Jérusalem l'a appris seul depuis octobre 2023. Attaqué par les Houthis sur son territoire et sur ses routes maritimes, Israël n'a attendu personne : il a constitué des bases de données de cibles — lanceurs de missiles, drones, ports, dépôts de carburant, centres de commandement, filières d'approvisionnement — et démontré sa capacité à mener des opérations aériennes à très longue distance. Il est aujourd'hui, dans la région, le seul acteur à posséder à la fois la carte du Yémen et l'expérience concrète de l'interception des engins houthis.
Ajoutons le Somaliland, reconnu par Israël en décembre 2025, dont les forces de sécurité sont formées par des Israéliens. Un accès au port et à l'aéroport de Berbera, sur la rive africaine du golfe d'Aden, donnerait une visibilité directe sur la « Porte des Larmes ». Les autorités locales démentent toute base permanente ; il n'en reste pas moins qu'Israël a déplacé son horizon stratégique jusqu'à la Corne de l'Afrique, pendant que les alliés contractuels de Riyad restaient dans leurs capitales.
Pendant des années, on nous a vendu la normalisation saoudo-israélienne comme un prolongement des accords d'Abraham : tech, tourisme, investissements, et un prix politique à payer sur la question palestinienne. Les Houthis viennent de changer la nature de la transaction. Ce n'est plus Riyad qui aurait un cadeau à faire à Israël en échange des faveurs de Washington ; c'est Israël qui détient ce dont Riyad a besoin et que personne d'autre ne lui offre. Le renversement est considérable : la question palestinienne, que le royaume invoque comme obstacle, est désormais ce qui lui coûte le seul partenaire capable de protéger Yanbu.
JForum a raison : il ne faut pas parler de sauvetage. Le prince héritier ne voudra pas apparaître dépendant d'Israël, et une alliance déclarée provoquerait une riposte iranienne et houthie. Mais la normalisation n'a jamais eu besoin d'une cérémonie pour exister. Elle peut commencer par un flux d'alerte précoce entre deux pays riverains de la même mer et visés par le même ennemi. Le jour où un missile lancé sur Jazan sera détecté grâce à des données israéliennes avant d'être intercepté par une batterie saoudienne, l'accord sera signé — sans encre. Ce ne sera pas la paix des chancelleries. Ce sera celle des rapports de force. Dans cette région, c'est la seule qui dure.