Le tribunal n'a pas retenu l'explication. Et la formule des magistrats mérite d'être lue lentement : le procédé employé permettait de présenter sous un jour favorable les attaques du 7 octobre. Ce n'est pas le mot qui est condamné, c'est le procédé. Le double sens, le clin d'œil, la pirouette qui permet de dire une chose à son public et son contraire au juge.
C'est là que cette décision compte bien au-delà d'un polémiste au casier déjà chargé de 34 condamnations. Depuis des années, l'antisémitisme français a appris à ne plus se dire : il se suggère, il se code, il laisse au public complice le soin de finir la phrase. Tant que les tribunaux ne jugeaient que la lettre, ce jeu restait gagnant. Jeudi, des juges ont regardé la structure du message et l'ont qualifiée pénalement. Pour tous ceux qui, à l'école, sur les réseaux, dans les rédactions, se heurtent au « c'était une blague », c'est un point d'appui.
Le second volet est peut-être plus important encore. Après l'incendie de la synagogue de La Grande-Motte, dans l'Hérault, en août 2024, Dieudonné avait suggéré que l'attaque puisse répondre à la « haine » et au « racisme » exprimés, selon lui, par certains Juifs de France depuis le 7 octobre. Le tribunal a également retenu l'apologie du terrorisme. Autrement dit : expliquer une attaque contre une synagogue par le comportement supposé des Juifs, c'est la justifier. Le « ils l'ont bien cherché », qui circule sous mille formes depuis deux ans, vient de recevoir sa qualification juridique.
Autrement dit : expliquer une attaque contre une synagogue par le comportement supposé des Juifs, c'est la justifier.
Il faut mesurer le chemin parcouru. En 2015, « Je me sens Charlie Coulibaly », publié quelques jours après Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher, avait valu à Dieudonné deux mois avec sursis. Dix ans plus tard, la peine s'exécute, même à domicile. L'échelle a bougé dans le sens de la protection des Juifs de France, sans qu'il ait fallu inventer un délit : la loi existait, ce sont les juges qui ont appris à lire.
Il y a une leçon d'unité dans cette affaire. Pour celui qui y met le feu, la synagogue de La Grande-Motte n'est ni ashkénaze ni sépharade, ni de droite ni de gauche : elle est juive, et cela lui suffit. La réponse, elle, a été portée par une organisation communautaire constituée partie civile et par une institution de la République qui a fait son travail. Quand les deux avancent ensemble, un million de vues pèse moins qu'un jugement.
Reste une question, et elle est la plus intéressante. Si le procédé est désormais jugeable, que devient la génération de comptes et d'influenceurs qui a appris de Dieudonné l'art du sous-entendu ? Ce jugement ne leur ferme pas la bouche. Il leur retire l'alibi. Et un antisémitisme contraint de se dire clairement est un antisémitisme que l'on peut enfin combattre à visage découvert.