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E1 : quand quatre capitales européennes s'inquiètent plus d'appartements juifs que des roquettes du Hezbollah

Paris, Berlin, Londres et Rome somment Israël de geler le projet E1 près de Ma'alé Adoumim. Derrière le vocabulaire diplomatique, une constante : l'Europe conteste à Israël le droit de dessiner lui-même sa carte de sécurité.

·Source : Euronews

Les faits d'abord. La France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie ont publié une déclaration commune appelant Israël à « mettre fin à l'expansion des colonies en Cisjordanie », visant en particulier le lancement d'appels d'offres pour le projet E1, cette zone qui relierait Ma'alé Adoumim à Jérusalem. Le Canada s'est joint au chœur. L'argument est connu : E1 « menacerait la viabilité d'un futur État palestinien » en coupant la continuité territoriale entre le nord et le sud de la Cisjordanie.

Regardons ce que cette déclaration révèle vraiment. Quatre puissances européennes, dont deux ne parviennent pas à protéger leurs propres citoyens juifs d'une vague antisémite historique, trouvent l'unité diplomatique... sur des permis de construire israéliens. Pas sur le réarmement du Hezbollah. Pas sur les otages encore retenus à Gaza. Pas sur le financement iranien de la terreur régionale. E1, dossier vieux de trente ans, redevient soudain l'urgence absolue.

Pour Israël, l'enjeu d'E1 n'a jamais été idéologique mais stratégique : garantir la profondeur de Jérusalem vers l'est et l'axe vital vers la vallée du Jourdain. Après le 7 octobre, l'idée qu'Israël confierait sa sécurité à des lignes dessinées à Bruxelles ou à Londres relève de la fiction. Chaque gouvernement israélien, de droite comme de gauche, a considéré le bloc de Ma'alé Adoumim comme non négociable dans tout accord futur. Le dire n'est pas de la provocation, c'est du réalisme.

Voici l'angle que personne ne souligne : cette déclaration est peut-être moins adressée à Jérusalem qu'aux opinions publiques européennes. En s'affichant fermes sur les « colonies », ces capitales achètent à bas coût une posture morale qui masque leur impuissance réelle au Proche-Orient — impuissance face à l'Iran, au chaos libanais, à leurs propres fractures intérieures. Israël sert ici de variable d'ajustement rhétorique.

Voici l'angle que personne ne souligne : cette déclaration est peut-être moins adressée à Jérusalem qu'aux opinions publiques européennes.

Et si, paradoxalement, ces communiqués renforçaient la position israélienne ? Chaque déclaration européenne sans levier concret confirme à Jérusalem que le coût diplomatique de ses décisions est absorbable. L'Europe croit tracer une ligne rouge ; elle démontre surtout qu'elle n'a plus de crayon. La vraie question n'est pas de savoir si E1 sera construit — mais si l'Europe comprendra un jour que sermonner la seule démocratie de la région n'a jamais fait avancer la paix d'un mètre.

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