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« Une chose terrible » : Kushner raconte Doha, Israël lui répond Munich

Pour le gendre de Donald Trump, la frappe contre le Hamas à Doha a échoué et isolé Israël, et c'est cet isolement qui a arraché l'accord de Gaza. Pour Jérusalem, c'est l'inverse : la frappe a prouvé que le Hamas n'avait plus d'immunité. Deux récits d'un même succès, et deux modes d'emploi pour la prochaine guerre.

·Source : i24NEWS

Jared Kushner a choisi ses mots, et ils sont durs. « Israël a mené la frappe de Doha, ce qui était une chose terrible », a déclaré le gendre du président américain, l'un des artisans de la médiation sur Gaza. « Ce fut un échec en tant qu'opération militaire, et cela a conduit à l'isolement mondial d'Israël. » Puis vient l'essentiel : selon lui, les médiateurs ont profité de cet isolement pour faire avancer un accord que les dirigeants israéliens rechignaient d'abord à accepter, avant d'en juger le résultat positif, pour les Israéliens comme pour les Palestiniens de Gaza.

La réponse de Jérusalem n'a pas tardé. « Tout le contraire », ont rétorqué des responsables israéliens à i24NEWS. « Ce qui a conduit au dernier accord sur les otages, c'est uniquement l'attaque au Qatar, qui a fait comprendre une fois pour toutes qu'Israël n'hésite plus. Le message était clair : le Hamas n'a aucune immunité. » Et d'invoquer un précédent : la traque des auteurs du massacre des Jeux olympiques de Munich en 1972. « Cette politique se poursuit à Gaza, comme après Munich. Il n'y a d'immunité pour les assassins nulle part. »

Ce qui frappe dans cette passe d'armes, ce n'est pas le désaccord. C'est l'accord. Kushner et les responsables israéliens disent la même chose : la frappe de Doha a produit l'accord. Ils divergent sur le mécanisme. Pour Kushner, la frappe a affaibli Israël, et c'est sur Israël que la pression s'est exercée. Pour Jérusalem, la frappe a affaibli le Hamas, et c'est sur le Hamas que la pression s'est exercée. Même cause, même effet, mais deux chaînes causales inversées.

Kushner et les responsables israéliens disent la même chose : la frappe de Doha a produit l'accord.

Kushner n'est pas un adversaire d'Israël, et son bilan pour l'État juif parle pour lui. C'est précisément ce qui rend son récit inconfortable. Il décrit, sans gêne apparente, un allié qui constate la faiblesse diplomatique de son partenaire et la convertit en levier pour lui faire signer ce qu'il refusait. Lu depuis Jérusalem, cela veut dire que le prix d'agir seul n'est pas seulement la réprobation du monde : c'est que votre meilleur ami ramasse cette réprobation et vous la présente à la table des négociations. Un ami, oui. Mais un ami qui négocie.

Reste la question que ni Kushner ni ses contradicteurs ne posent, et qui compte davantage que le partage des lauriers. Ces deux récits ne parlent pas du passé : ce sont deux manuels pour l'avenir. Si la version Kushner s'impose comme l'histoire officielle à Washington, la leçon pour ceux qui hébergent des chefs terroristes est limpide : une frappe israélienne sur votre sol est une aubaine, elle se retourne contre Israël. Si la version israélienne s'impose, la leçon est l'inverse : abriter le Hamas a un coût, et nul salon climatisé ne protège plus ses dirigeants.

Le débat sur Doha est donc un débat sur le tarif de l'hospitalité offerte aux assassins. Israël ne choisira pas la version que le monde retiendra. Il ne maîtrise qu'une chose : ses actes. « Aucune immunité nulle part » est une promesse, et comme toute promesse d'un gouvernement, elle se juge à l'exécution. La prochaine fois qu'un dirigeant du Hamas se croira à l'abri hors de Gaza, on saura laquelle des deux histoires était la vraie.

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