En bombardant une base aérienne syrienne convoitée par la Turquie, Israël ne mène pas une opération de routine : il trace une ligne rouge face à l'ambition d'Erdogan de remplacer l'Iran comme puissance tutélaire à Damas. Le prochain grand duel régional est peut-être déjà là.
Israël a confirmé avoir frappé une base aérienne militaire en Syrie, tout en mettant explicitement en garde contre un déploiement turc sur le sol syrien. Ankara a condamné les frappes et rejeté les accusations israéliennes. Selon plusieurs sources, la base visée figurait précisément parmi les sites que la Turquie envisageait d'utiliser dans le cadre d'un accord de défense avec le nouveau pouvoir syrien. Washington, de son côté, s'inquiète ouvertement d'un risque de confrontation directe entre deux de ses alliés.
Il faut lire cette frappe pour ce qu'elle est : non pas un épisode de plus dans la longue série d'opérations israéliennes en Syrie, mais un message stratégique adressé à Ankara. Depuis la chute du régime Assad, la nature a horreur du vide — et la Turquie d'Erdogan s'engouffre dans celui laissé par l'Iran et la Russie. Pour Israël, c'est un scénario inacceptable : troquer les milices pro-iraniennes à sa frontière nord contre des bases aériennes turques équipées de défenses antiaériennes modernes reviendrait à échanger une menace affaiblie contre une menace montante, membre de l'OTAN de surcroît.



