Sauf qu'il manque une pièce à ce dispositif, et elle est décisive : les puces les plus avancées. Elles restent américaines, et Washington en fait un levier. « Les États-Unis ont été clairs : pour participer à la révolution de l'IA, il faut collaborer exclusivement avec eux. Les Émirats arabes unis ont donc dû choisir, et nous avons choisi les États-Unis », affirme Alzaabi. Longtemps proches de Pékin comme de Washington, les Émirats renoncent à l'équilibre.
Sauf qu'il manque une pièce à ce dispositif, et elle est décisive : les puces les plus avancées.
Voilà pour les faits. Ce qu'ils révèlent dépasse l'IA. Alzaabi le dit lui-même : la compétition déterminera le contrôle des satellites, des réseaux de communication, des câbles sous-marins, des centres de données et, à terme, de certaines infrastructures de défense. Deux sphères technologiques se constituent, l'une autour de Washington, l'autre autour de Pékin. Et la règle d'entrée dans la première est l'exclusivité.
C'est ici que la phrase de l'analyste émirati prend tout son poids pour Israël. Il y a peu encore, être cité aux côtés d'Israël était, dans bien des capitales de la région, une accusation. Aujourd'hui, un expert d'Abou Dhabi le fait spontanément, comme on décrit un pair. Mieux : puisque les Émirats se veulent le socle, l'énergie et le calcul, et qu'ils disent ne pas vouloir reproduire l'écosystème d'innovation américain, reste à savoir qui, dans la région, produit l'intelligence. Sa propre réponse tient dans sa première phrase. Énergie et capitaux d'un côté, cerveaux de l'autre : ce n'est pas une rivalité, c'est une complémentarité.
L'angle que la presse généraliste ne soulignera pas est celui-ci : la condition d'exclusivité posée par Washington fait d'Israël, déjà et structurellement dans la sphère américaine, le voisin technologique obligé de tous ceux qui voudront des puces de pointe. Les Accords d'Abraham étaient une diplomatie ; ils deviennent une infrastructure. Le pays qui, d'Afrique du Nord aux Balkans, voudra se brancher sur le centre de calcul émirati acceptera de fait de vivre dans la même sphère qu'Israël. La prochaine normalisation ne se signera pas sur une pelouse, mais dans un centre de données.
Cette réussite appartient à tout le peuple juif : à l'ingénieur de Tel-Aviv comme à la diaspora qui étudie, investit et envoie ses enfants. Elle oblige aussi. Alzaabi prévient que les États qui ne choisiront pas risquent d'être marginalisés. Un peuple dont la Torah exige de laisser le coin du champ au pauvre ne peut pas regarder cette course seulement du haut du podium. Être l'un des deux leaders, c'est aussi décider qui l'on aide à monter.