Midbar
← Retour
Israël

Israël-Liban : ces négociations directes sont déjà une défaite stratégique pour l'Iran

Beyrouth s'assoit enfin à la même table qu'Israël, sous parrainage américain, pour parler frontières, sécurité et désarmement du Hezbollah. Le vrai séisme n'est pas dans l'ordre du jour : il est dans le simple fait que la table existe.

Le Département d'État américain a confirmé l'ouverture de négociations entre Israël et le Liban, sous égide des États-Unis. Selon des sources libanaises citées par la presse régionale, les discussions portent sur le tracé frontalier et sur des « arrangements sécuritaires » — autrement dit, sur ce qui reste du principe même d'un Hezbollah armé au sud du Litani. En parallèle, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a publiquement reproché à ceux qui ont « donné à Israël des prétextes de guerre » d'avoir nui au pays, tandis que Naïm Kassem s'en prend au président Joseph Aoun. Le camp iranien au Liban n'est plus dans la posture triomphante : il est sur la défensive, y compris dans son propre pays.

Disons-le clairement : c'est une victoire israélienne, et elle est le produit direct de la campagne militaire de 2024. Pendant vingt ans, la doctrine du Hezbollah reposait sur une équation simple — l'État libanais parle, la milice décide. Cette équation vient de se fissurer. Un gouvernement libanais qui négocie *directement* le sort des armes d'un « axe de la résistance » sur son sol, c'est l'aveu que la dissuasion iranienne a été brisée. On ne négocie pas la sécurité de sa frontière avec un ennemi qu'on croit pouvoir vaincre.

Un gouvernement libanais qui négocie *directement* le sort des armes d'un « axe de la résistance »

Mais attention au piège. L'histoire libanaise est un cimetière d'accords honorables : 1949, 1983, 2000, la résolution 1701 de 2006. Chaque fois, Israël a échangé du concret (des positions, de la liberté d'action) contre du papier, et chaque fois le vide s'est rempli de roquettes. La seule leçon du 7 octobre applicable ici est simple : aucune garantie internationale ne remplace la liberté d'agir. Un accord qui priverait Tsahal de sa capacité d'initiative préventive serait un mauvais accord, même signé à Washington.

Et voici l'angle que personne ne souligne. Ces pourparlers ne sont pas un dossier libanais : ils sont le laboratoire de l'après-Iran au Levant. Le Hezbollah se dit désormais prêt à un « dialogue officiel » avec la nouvelle Syrie — signe qu'il cherche un sponsor de substitution parce que le corridor iranien est coupé. Si Beyrouth réussit à faire du désarmement un enjeu de souveraineté nationale et non une concession à Israël, alors le modèle devient exportable : la Syrie post-Assad, l'Irak, et à terme Gaza. Israël n'est pas seulement en train de négocier une frontière. Il est en train de tester si l'on peut démonter une milice iranienne sans la détruire entièrement. La réponse, dans les mois qui viennent, comptera bien au-delà du Litani.

#Israël#Liban#Hezbollah#Iran#Tsahal#MoyenOrient#Midbar

À lire aussi

Israël-Liban : ces négociations directes sont déjà une défaite stratégique pour l'Iran — Midbar