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Israël-Syrie en Jordanie : la négociation qui pourrait redessiner le front nord — si Damas cesse de jouer sur deux tableaux

Sous médiation américaine, Israéliens et Syriens se sont retrouvés en Jordanie pour des pourparlers de désescalade. Derrière le vocabulaire technique, une réalité que peu osent nommer : c'est Damas qui demande, et Israël qui détient toutes les cartes.

Les faits d'abord. Des représentants israéliens et syriens se sont réunis en Jordanie, sous médiation américaine, pour des pourparlers de haut niveau centrés sur des « mécanismes pratiques » : arrêt des frappes aériennes israéliennes, reprise des négociations de sécurité, et même désamorçage des tensions entre Israël et la Turquie sur le théâtre syrien. Le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani, a confirmé à Reuters que « Damas espère toujours une reprise prochaine des pourparlers sécuritaires avec Israël, malgré l'obstacle majeur que représente le manque de confiance entre les deux parties ». Le bureau de Netanyahou, lui, ne commente pas. Ce silence n'est pas de l'embarras : c'est la posture de celui qui n'a rien à demander.

Car il faut lire les positions de chacun pour comprendre qui est en position de force. Selon al-Chaibani lui-même, un accord écrit sur la plupart des points avait été trouvé en début d'année : zones de sécurité dans le sud syrien, zone tampon sous contrôle de l'ONU. C'est le raid israélien contre la base aérienne d'Abou al-Douhur, la semaine dernière, qui a interrompu la communication. Et pourtant, quelques jours plus tard, Damas revient à la table. Traduction : le gouvernement d'Ahmed al-Charaa ne peut pas se permettre une confrontation avec Israël. Ni militairement, ni économiquement, ni politiquement.

Traduction : le gouvernement d'Ahmed al-Charaa ne peut pas se permettre une confrontation avec Israël.

Les lignes rouges syriennes méritent qu'on s'y arrête. Damas exige le retrait israélien des positions prises depuis le 8 décembre 2024, le retour à l'accord de démarcation de 1974, et refuse toute limite à la reconstruction de son armée ou au choix de ses alliances. Sur le Golan, la Syrie « réaffirme sa souveraineté » mais juge « prématuré » d'en discuter le statut. Ce dernier point est le plus révélateur : un régime issu de la rébellion islamiste, techniquement en guerre avec Israël depuis 1948, accepte de renvoyer le Golan aux calendes. C'est une concession implicite considérable — et un aveu que la souveraineté israélienne sur le plateau, annexé en 1967, est devenue un fait que même Damas ne conteste plus qu'en principe.

Mais c'est la clause turque qui constitue le véritable enjeu de cette réunion. Que des émissaires syriens et israéliens discutent ensemble d'éviter que la rivalité Israël-Turquie « ne s'étende au territoire syrien » dit tout : la Syrie ne veut pas devenir le champ de bataille d'Erdogan. Au moment même où Ankara lance des mandats d'arrêt contre Netanyahou, Damas négocie avec le Mossad. Pour Israël, c'est une opportunité stratégique rare : détacher la Syrie de l'orbite turque avant qu'elle ne s'y installe.

Et c'est là l'angle que personne ne souligne : ces pourparlers ne sont pas d'abord une négociation israélo-syrienne. Ce sont les préliminaires d'un endiguement de la Turquie, avec la Syrie comme terrain et l'Amérique comme arbitre. Le refus syrien de « déterminer ses alliances » est précisément le point à surveiller — car s'allier à tout le monde, c'est se réserver le droit de redevenir un ennemi. Israël aurait tort d'échanger des positions défensives concrètes contre des promesses de neutralité. La leçon du 7-Octobre reste valable au nord : la sécurité ne se signe pas, elle se tient.

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