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Israël-Turquie : la vraie ligne de front en Syrie ne se joue pas où l'on croit

Quand Israël Katz accuse Erdogan « d'entraîner la Turquie dans de dangereuses aventures en Syrie », il ne s'agit pas d'une simple passe d'armes verbale : c'est la reconnaissance officielle que le prochain grand duel stratégique du Moyen-Orient oppose désormais Jérusalem à Ankara — et non plus à Téhéran.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a lancé un avertissement d'une rare fermeté à Recep Tayyip Erdogan, l'accusant d'« entraîner la Turquie dans de dangereuses aventures en Syrie ». Dans le même temps, le chef d'état-major de Tsahal, Eyal Zamir, s'est rendu en territoire syrien pour rappeler qu'Israël « ne tolérera pas de forces hostiles » à sa frontière nord. Le message est coordonné, calibré, et adressé à un seul destinataire : Ankara.

Cette double prise de parole n'a rien d'anodin. Depuis la chute du régime Assad, la Syrie est devenue un vide stratégique que la Turquie s'empresse de combler : influence sur le nouveau pouvoir de Damas, ambitions de bases militaires, projection vers le sud. Pour Israël, c'est un scénario connu — et redouté. Après avoir passé une décennie à démanteler l'arc iranien en Syrie, Jérusalem refuse de voir un axe turc s'y substituer, fût-il estampillé OTAN.

Car c'est bien là le paradoxe que la presse généraliste évite soigneusement : le nouveau rival stratégique d'Israël en Syrie est membre de l'Alliance atlantique. Erdogan avance sous couverture occidentale, avec le parrain néo-ottoman en étendard et le Hamas reçu à Istanbul. Israël, lui, ne peut pas traiter la Turquie comme il a traité l'Iran — pas de frappes assumées contre un allié officiel de Washington. D'où cette guerre des mots, qui est en réalité une guerre de positionnement préventif : fixer les lignes rouges avant que les faits accomplis ne les effacent.

Et c'est ici que se niche l'angle que personne ne souligne : cette confrontation annoncée pourrait paradoxalement servir Israël. En désignant publiquement Erdogan comme facteur de déstabilisation, Jérusalem force Washington et les Européens à choisir entre deux alliés — et pousse les acteurs régionaux inquiets du néo-ottomanisme, de la Grèce à Chypre en passant par certains États arabes, à se rapprocher d'Israël. Le duel Katz-Erdogan n'est pas qu'une menace : c'est aussi le socle possible d'une nouvelle architecture d'alliances en Méditerranée orientale, où Israël occuperait la place de puissance stabilisatrice face à une Turquie perçue comme imprévisible.

Et c'est ici que se niche l'angle que personne ne souligne : cette confrontation annoncée pourrait paradoxalement servir Israël.

La Syrie post-Assad ne sera pas un vide longtemps. La question n'est plus de savoir si Israël et la Turquie s'y disputeront l'influence, mais qui parviendra à écrire les règles du jeu. En parlant fort maintenant, Israël prend une longueur d'avance.

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