Six semaines de manifestations devant un café ouvert le Chabbat : derrière l'image d'une « guerre culturelle » israélienne, c'est en réalité la vitalité d'un peuple qui se dispute son propre héritage — et un test décisif pour l'unité forgée dans la guerre.
Pour la sixième semaine consécutive, la police israélienne a été déployée en nombre devant un café de Jérusalem, devenu le point de fixation d'un affrontement récurrent entre Israéliens religieux et laïcs. L'établissement reste ouvert le Chabbat ; des manifestants haredim protestent contre ce qu'ils considèrent comme une profanation de l'espace public ; des contre-manifestants viennent défendre la liberté de commerce. Rien n'indique que le bras de fer s'essouffle.
Disons-le franchement : ce dossier sera présenté à l'étranger comme le énième symptôme d'un « Israël fracturé », voire d'une société au bord de la rupture. C'est une lecture paresseuse. Le statu quo religieux jérusalémite n'est pas une plaie ouverte, c'est une négociation permanente — vieille de plus de soixante-quinze ans — entre des Juifs qui ont tous, à leur manière, un titre légitime sur cette ville. Ce qui frappe, ce n'est pas qu'on se dispute : c'est qu'on se dispute *avec des pancartes et des policiers*, dans un État de droit, sans que personne ne songe à quitter le pays ou à prendre les armes. Comparez avec la manière dont d'autres sociétés de la région traitent leurs dissidences religieuses.


