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Israël

Kushner à Jérusalem après avoir parlé au Hamas : la diplomatie qui court-circuite tout le monde

L'émissaire américain Jared Kushner rencontre Netanyahou après avoir parlé directement au Hamas. Derrière l'apparente relance du plan de paix, c'est une méthode inédite qui se dessine : Washington traite désormais en direct, et c'est peut-être la meilleure nouvelle pour Israël — à une condition.

Jared Kushner, émissaire du président américain, est arrivé en Israël pour rencontrer Benyamin Netanyahou. Particularité de cette visite : elle intervient juste après des échanges directs avec le Hamas, une séquence diplomatique assumée par Washington pour relancer le plan censé mettre fin à la guerre à Gaza.

Les faits sont là : le cessez-le-feu tient difficilement, chaque camp accuse l'autre de ne pas appliquer l'accord, et huit pays musulmans viennent d'accuser Israël de « compromettre les efforts de paix ». Dans ce brouillard, l'administration américaine choisit de parler à tout le monde, y compris à l'organisation terroriste responsable du 7 octobre.

Faut-il s'en indigner ? Pas si vite. Ce que révèle cette séquence, c'est d'abord l'échec des médiateurs traditionnels. Le Qatar et l'Égypte, qui ont monopolisé le canal avec le Hamas pendant deux ans, sont marginalisés. Quand Washington parle en direct, le Hamas perd son principal levier : l'ambiguïté entretenue par des intermédiaires qui avaient leurs propres agendas. Un Hamas qui doit répondre directement aux Américains est un Hamas qui ne peut plus se cacher derrière les traductions complaisantes de Doha.

Ce que révèle cette séquence, c'est d'abord l'échec des médiateurs traditionnels.

Pour Israël, le calcul est plus fin qu'il n'y paraît. Oui, voir un émissaire américain dialoguer avec le Hamas est inconfortable. Mais Kushner n'est pas un diplomate de carrière soucieux d'équilibre : c'est l'architecte des accords d'Abraham, un homme dont le logiciel est l'intégration régionale d'Israël, pas sa mise sous tutelle. Son passage par le Hamas avant Jérusalem n'est pas une inversion des priorités : c'est une manière de venir avec des réponses, pas des questions.

Et c'est là l'angle que presque personne ne souligne : cette diplomatie directe crée un précédent qui pourrait servir Israël bien au-delà de Gaza. Si Washington impose l'idée que les intermédiaires régionaux sont désormais optionnels, c'est toute l'architecture qui a permis au Hamas de survivre diplomatiquement depuis 2007 qui vacille. Le risque, réel, serait une normalisation rampante du Hamas comme interlocuteur. La condition, non négociable, est donc que chaque contact serve un seul objectif : le désarmement et la fin du règne du Hamas à Gaza, pas sa réhabilitation.

Israël doit accompagner ce mouvement en y mettant ses lignes rouges — visibles, publiques, assumées. Car une diplomatie qui court-circuite les faux amis d'Israël, si elle reste arrimée aux intérêts israéliens, est une arme. Sinon, c'est un piège.

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