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Israël

Kushner au Caire : quand l'Amérique parle au Hamas, Israël doit écrire le texte

L'envoyé de Donald Trump a rencontré al-Sissi puis des représentants du Hamas avant de se rendre en Israël. Derrière l'image d'un négociateur pressé se joue une bataille sur la définition même de la victoire israélienne — et le vrai interlocuteur n'est pas celui qu'on croit.

·Source : i24NEWS

Jared Kushner, envoyé spécial de l'administration Trump, a rencontré en Égypte le président Abdel Fattah al-Sissi ainsi que des représentants du Hamas, avant un déplacement en Israël. À l'ordre du jour : la mise en œuvre des phases suivantes du plan américain pour Gaza — désarmement, gouvernance de l'après-guerre, force internationale de stabilisation.

Que Washington parle au Hamas par l'entremise du Caire n'est pas une nouveauté et ce n'est pas, en soi, un scandale : les médiations passent toujours par des canaux qu'on préférerait ne pas fréquenter. Le vrai enjeu est ailleurs. À chaque cycle de négociation, le Hamas rejoue la même partition : il concède le vocabulaire, jamais la substance. Il accepte de « discuter » du désarmement, évoque un « gel » des armes, propose un « comité technocratique » — et gagne ce qui lui manque le plus : du temps, de la respectabilité, un siège à la table. Une organisation qui négocie son avenir politique avec l'envoyé du président américain a déjà empoché une victoire symbolique, quel que soit le résultat.

— et gagne ce qui lui manque le plus : du temps, de la respectabilité, un siège à la table.

Pour Israël, l'affaire est donc double. D'un côté, l'implication personnelle de Kushner est un atout réel : c'est l'homme des accords d'Abraham, celui qui pense la région en architecture régionale et non en gestion de crise. De l'autre, tout processus piloté depuis Washington porte un risque : que la définition du succès glisse de « le Hamas ne gouverne plus et ne s'arme plus » à « le calendrier est tenu ». Ce ne sont pas les mêmes objectifs, et la différence se paiera en vies israéliennes dans cinq ans.

L'angle que personne ne souligne : le véritable interlocuteur de cette séquence n'est pas le Hamas, c'est l'Égypte. Le Caire ne joue pas les bons offices par philanthropie. Il redoute un Gaza incontrôlé à sa frontière et une contagion Frères musulmans chez lui ; il monnaie son rôle de médiateur contre des garanties américaines, financières et militaires. L'Égypte a donc un intérêt objectif à voir le Hamas neutralisé militairement — mais aussi à ce qu'il subsiste comme carte à jouer, car sans Hamas, le Caire perd sa rente diplomatique. C'est cette ambivalence-là qu'Israël doit verrouiller.

La question stratégique n'est pas « faut-il parler au Hamas ? » mais : qui rédige le texte du désarmement, avec quels mécanismes de vérification et quelles sanctions en cas de violation ? Si Jérusalem laisse d'autres écrire ce chapitre, elle héritera d'un accord qu'elle devra faire respecter seule, les armes à la main. La diplomatie ne remplace pas la dissuasion : elle en vit.

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