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Mémoire

La yeshiva voyageuse : une école entière a traversé le monde pour que l'étude ne s'arrête pas

AllianceFR.com raconte l'odyssée d'une yeshiva qui a fui la Shoah d'un bout à l'autre de l'Eurasie. Derrière le récit d'une évasion, une leçon pour chaque Juif, religieux ou non : on ne sauve pas seulement des vies, on sauve ce qui les tient debout.

AllianceFR.com publie le récit de ce qu'il appelle « la yeshiva voyageuse », « l'incroyable odyssée d'une école juive pour échapper à la Shoah ». Nous n'avons pu lire que l'annonce de ce récit, et nous renvoyons le lecteur au texte complet pour le détail. Mais le titre suffit à reconnaître l'histoire : celle que la mémoire juive retient sous le nom de la yeshiva de Mir, la seule grande école talmudique d'Europe de l'Est à avoir traversé la guerre à peu près entière.

Rappelons les grandes lignes telles que l'histoire les a fixées. Mir est une bourgade de l'actuelle Biélorussie, alors en Pologne. À l'automne 1939, quand l'Allemagne et l'URSS se partagent le pays, la yeshiva se replie vers la Lituanie, encore indépendante. En 1940, à Kaunas, le consul du Japon Chiune Sugihara délivre des milliers de visas de transit à des réfugiés juifs, contre les instructions de son ministère. Les étudiants de Mir en font partie. Ils traversent l'Union soviétique par le Transsibérien, embarquent pour le Japon, séjournent à Kobe, puis sont transférés à Shanghai, où ils passent le reste de la guerre. Plusieurs centaines de jeunes hommes, leurs maîtres, et leurs livres.

Ce qui frappe, ce n'est pas seulement qu'ils aient survécu. C'est qu'ils aient refusé de s'interrompre. À Shanghai, dans une synagogue de la ville, les cours reprennent, le cycle d'étude continue, comme si la géographie n'avait pas changé. Là où l'adversaire voulait effacer un monde, la réponse n'a pas été la plainte : elle a été la continuité. Une page de Talmud ouverte en Chine en 1942 est un acte de résistance au même titre qu'un fusil dans la forêt.

Deuxième leçon, et elle vaut pour aujourd'hui : les amis des Juifs ne sont pas toujours là où on les attend. Un diplomate japonais, un pays asiatique en guerre, une ville chinoise sous occupation : voilà qui a tenu la porte ouverte quand l'Europe la fermait. Yad Vashem a reconnu Sugihara Juste parmi les nations. Midbar le répète souvent : un allié se juge sur ses actes, pas sur sa carte de visite. Sugihara en est la preuve la plus pure.

Midbar le répète souvent : un allié se juge sur ses actes, pas sur sa carte de visite.

Troisième leçon : l'odyssée a une fin, et cette fin s'appelle Jérusalem. Après la guerre, la yeshiva se reconstitue en Terre d'Israël et à New York. Celle de Jérusalem est aujourd'hui l'une des plus grandes écoles talmudiques du monde. Des réfugiés de Shanghai à des milliers d'étudiants dans la capitale d'Israël : c'est le trajet même du peuple juif au vingtième siècle, résumé en une institution.

Et voici l'angle que l'on souligne rarement. Cette histoire n'appartient pas aux seuls haredim. Le réserviste de Tel-Aviv, le Juif de Sarcelles, la famille libérale de New York descendent du même monde que ces étudiants, celui qui a été détruit en Europe et qui a survécu par morceaux. Chaque morceau a porté quelque chose pour les autres : les uns ont porté les armes, les autres ont porté l'État, ceux-là ont porté les livres. Aucun ne suffisait seul. Tous ensemble, ils ont fait que rien ne s'est arrêté.

On dit parfois que le judaïsme d'étude est un monde figé. La yeshiva voyageuse dit l'inverse : c'est un monde qui a pris le Transsibérien pour ne pas mourir. Un Juif qui n'a jamais ouvert une page de Guemara peut en être fier comme de son propre héritage. Parce que c'est le sien.

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