Beyrouth envoie des négociateurs à Rome, le Hezbollah crie à la trahison : pour la première fois depuis quarante ans, l'État libanais parle à Israël sans demander la permission au parti chiite. Le vrai bras de fer n'est pas entre Jérusalem et Beyrouth — il est à l'intérieur du Liban.
De nouvelles discussions entre le Liban et Israël se tiennent à Rome, sous parrainage américain, dans le prolongement du mécanisme issu du cessez-le-feu de novembre 2024. Objectif affiché côté libanais : obtenir un retrait israélien des points encore tenus dans le sud et un arrêt des frappes. Objectif israélien : obtenir ce que la résolution 1701 n'a jamais produit en dix-huit ans, c'est-à-dire un désarmement réel du Hezbollah au sud du Litani. Le parti chiite, lui, a immédiatement fait savoir qu'il refusait toute négociation avec Israël et qualifiait la démarche de capitulation.
Ce refus est présenté comme une force. C'est l'inverse. Pendant des décennies, le Hezbollah n'avait pas besoin de dire non : personne à Beyrouth n'osait poser la question. Le fait que le gouvernement libanais mandate des négociateurs — désormais avec une composante civile — malgré l'opposition frontale du parti armé, signale que le monopole du Hezbollah sur la politique étrangère du pays s'est fissuré. Ce n'est pas la diplomatie qui a produit cette fissure : c'est la décapitation de sa chaîne de commandement, la destruction d'une grande partie de son arsenal et l'effondrement du corridor logistique syrien après la chute d'Assad. Israël a changé les rapports de force sur le terrain ; Rome n'en est que la traduction administrative.


