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Israël

Reconstruire la « ligne jaune » : le pari israélien qui peut faire plus contre le Hamas que dix opérations militaires

Netanyahu et Katz auraient validé la reconstruction de la partie de Gaza tenue par Tsahal. Derrière la controverse, c'est peut-être la manœuvre la plus astucieuse de l'après-guerre : transformer une ligne de front en aimant, et laisser les Gazaouis voter avec leurs pieds contre le Hamas.

Selon plusieurs médias israéliens, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Israël Katz auraient approuvé — sans annonce publique — le lancement de projets de reconstruction dans la zone de Gaza contrôlée par Tsahal, à l'est de la « ligne jaune » définie par le cessez-le-feu, notamment autour de Rafah. Des médias turcs et arabes, d'Anadolu à TRT, ont immédiatement repris l'information avec un vocabulaire d'accusation : « discrètement », comme s'il s'agissait d'un complot.

Regardons ce que cela signifie réellement. Depuis deux ans, le reproche fait à Israël est double et contradictoire : on lui demande de ne pas occuper Gaza, et on lui reproche de ne rien faire pour les civils. Ici, Jérusalem choisit une troisième voie : bâtir, dans la zone qu'elle sécurise, un espace où l'aide, le logement et les services ne transitent pas par le Hamas. C'est très exactement ce que la communauté internationale a échoué à faire depuis 2007 : couper le cordon entre l'assistance humanitaire et la machine de racket d'une organisation terroriste.

Car c'est là le vrai enjeu. Le Hamas ne tient pas Gaza seulement par les armes : il la tient par la distribution. Qui contrôle la farine, le ciment et les permis contrôle la population. Une zone reconstruite hors de sa portée, c'est une brèche dans son monopole — et cela explique pourquoi la propagande hostile s'affole avant même le premier sac de ciment.

L'angle que peu soulignent : cette reconstruction est d'abord un instrument politique, pas humanitaire. Si des dizaines de milliers de Gazaouis choisissent librement de vivre du côté administré hors Hamas, chaque famille installée devient un référendum silencieux. Le Hamas perd alors ce qu'il a de plus précieux : la prétention à incarner le peuple palestinien. Aucun bombardement ne produit cet effet-là.

Le Hamas perd alors ce qu'il a de plus précieux : la prétention à incarner le peuple palestinien.

Mais le pari est risqué, et il faut le dire franchement. Une zone prospère à l'est de la ligne jaune peut devenir une cible privilégiée, et Israël devra assumer une responsabilité administrative durable qu'il ne souhaite pas. Le discret n'est pas un aveu de honte : c'est la condition de survie du projet, tant les capitales qui exigent « un plan pour le jour d'après » sont promptes à condamner celui qui, enfin, en propose un.

Le test n'est pas moral, il est empirique : dans un an, de quel côté de la ligne les Gazaouis voudront-ils vivre ? La réponse en dira plus long que tous les communiqués.

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